Les FODMAP. Un effet de mode ou un nouveau traitement pour la colopathie fonctionnelle?

Deux médecins chercheurs, Dr. Amol S.Rangnekar et Dr. William D. Chey, se sont posés cette question et ont analysé toutes les études portant sur l’alimentation et la colopathie. Ils livrent les résultats de leur analyse dans l’article « The FODMAP diet for Irritabel Bowel Syndrome : Food fad or roadmap to a new traitement paradigm? » paru dans le journal médical Gastroentérologie, volume 137, Issue 1, Pages 383-386, July 2009.

Veuillez trouver un résumé de cet article.Pour ceux que ça intéresse, vous trouverez en dessous pratiquement l’ensemble de l’article que j’ai traduit pour vous ainsi que le lien pour avoir accès à l’article original.

En bref:

L’analyse de ces médecins chercheurs montrent qu’il parait évident que les symptômes digestifs de la colopathie et l’alimentation soient liées. Ils déplorent d’ailleurs le fait qu’il y ait si peu de recherches sur le sujet et que le corps médical le prenne si peu en considération alors que les colopathes le savent et le disent depuis longtemps (là dessus, je me permets de vous donner mon avis sur la question : les recherches sont généralement financées par les laboratoires pharmaceutiques or si l’alimentation est une solution thérapeutique efficace, manger différemment ne fera pas vendre de médicaments et donc pas de bénéfices à la clef pour les laboratoires… donc pas de financement, donc peu de recherches. Et les laboratoires donnent (ou sponsorisent) souvent des formations aux médecins et ils n’ont donc pas d’intérêt financier à parler d’autres approches).

L’apparition ou l’aggravation des symptômes digestifs chez les colopathes sont vraisemblablement plus liés à des problèmes d’hypersensibilités ou d’intolérances alimentaires qu’à des problèmes d’allergies vraies. Ainsi, les aliments riches en graisses et/ou en glucides fermentescibles (FODMAP) seraient impliqués dans le développement de symptômes digestifs, voire extra-digestifs des colopathes. Les chercheurs se sont penchés sur les mécanismes d’actions de ces aliments. En ce qui concerne les lipides, les aliments gras sont maintenant prouvés pour exercer des effets sur la motricité et la sensibilité viscérale. Quant aux FODMAP, leur mécanisme impliquerait plus un dysfonctionnement de la fermentation (différente et/ou amplifiée par rapport aux sujets sains?) de ces substances alimentaires par la flore intestinale qu’un problème purement lié à la maldigestion ou la malabsorption de ces substances. De plus, les FODMAPs expliqueraient également pourquoi certains colopathes se sentent améliorés en suivant le régime sans gluten.

Article traduit:

« La colopathie se manifeste par un ensemble de symptômes digestifs dont les douleurs abdominales et les troubles du transit. La présentation clinique des patients souffrant de colopathie est hautement variable. Il n’est donc pas surprenant qu’aucun marqueur biologique ou physiologique n’ait encore été identifié. […] La compréhension de ses différentes formes biologiques et physiologiques de colopathie doit être approfondie, ce qui permettra de faciliter le diagnostic et de trouver les traitements les plus appropriés en fonction de chaque patient. En attendant, seuls les symptômes peuvent nous guider dans la prise en charge des colopathes.

Un des traits cliniques marquant de la colopathie est le lien entre l’apparition de symptômes et l’ingestion d’aliments.  Ainsi, environ 2 tiers des colopathes associent leurs symptômes à l’alimentation […] (Digestion 2001;63:108–115). En dépit de cette constatation, il parait surprenant que peu de chercheurs se soient intéressés au rôle des aliments dans l’apparition des symptômes digestifs.

Les patients colopathes signalent souvent des « allergies » alimentaires. Cependant les études montrent que seul un petit groupe de patients est concerné par de vraies allergies révélées dans les tests sanguins aux IgE (Eur J Clin Nutr 2006;60:667–672). Les allergies alimentaires les plus fréquentes sont celles à l’arachide, aux fruits à coques, aux poissons, aux coquillages, au lait, à l’oeuf, au soja et au blé.

Les prévalences d’hypersensibilités et d’intolérances alimentaires sont quant-à-elles moins précises, mais paraissent être supérieures aux vraies allergies alimentaires (Ann Allergy 1989;62:94–99; Am J Gastroenterol 2005;100:1550–1557). Le rôle de l’alimentation dans les symptômes typiques de la colopathie est sous-évalué par rapport aux bénéfices qu’apportent certains régimes d’exclusion (J Am Coll Nutr 2006;25:514–522; Gut 2004;53:1459–1464) […].

Les symptômes des patients colopathes sont souvent exacerbés par la consommation d’aliments riches en graisses ou riches en glucides fermentescibles (Digestion 2001;63:108–115). Il est maintenant bien établi que les aliments riches en graisses affectent la motricité intestinale et le transit. Ainsi, les repas riches en graisses ralentissent la vidange gastrique et peuvent aggraver le reflex gastro-colique chez certains colopathes. De plus, Simren et al. a récemment démontré que des injections de lipides dans le duodénum induisent une hypersensibilité colique […]. Or, ces effets sont indépendants de la forme de colopathie, des facteurs psychologiques ou du sexe (Clin Gastroenterol Hepatol 2007;5:201–208). Par conséquent, il y a maintenant des preuves pour dire que les aliments gras exercent des effets sur la motricité et la sensibilité viscérale et seraient impliqués dans le développement des symptômes digestifs chez une partie des colopathes. 

Plusieurs études ont porté sur le rôle de la malabsorption et de la maldigestion des glucides chez les colopathes avec des résultats variables. D’anciens travaux de recherche ont porté sur la mauvaise digestion du lactose chez les colopathes. Certains d’entre eux suggèrent que la maldigestion du lactose est plus fréquente chez les colopathes, mais cela reste controversé (Am J Gastroenterol 2009;104[Suppl 1]:S1–S35). En réalité, la question n’est pas vraiment de savoir si la prévalence de l’intolérance au lactose est plus importante chez les colopathes que les personnes « saines ». Ainsi, les études suggèrent que les conséquences cliniques de l’intolérance au lactose sembleraient être plus importantes chez les colopathes que chez les sujets « sains ». Il semblerait raisonnable donc de dire que toute substance fermentescible non absorbée dans le colon puisse aggraver les symptômes digestifs dans la colopathie […]. Cela pourrait être du à la différence de la composition de la flore intestinale entre les colopathes et les sujets sains. Les taux d’amélioration symptomatique des colopathes sous régime sans lactose sont variables et oscillent entre 29% et 44% suivant les études (Eur J Gastroenterol Hepatol 2001;13:219–225).

Donc, si la réponse n’est pas seulement le lactose, quels sont les autres candidats alimentaires potentiels à prendre en considération? Les « Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides, And Polyols » ou « FODMAP » sont par définition des substances alimentaires hautement fermentescibles et pauvrement absorbées par l’organisme.  Suivre l’alimentation pauvre en FODMAP améliorerait les symptômes des colopathes par plusieurs mécanismes. Certains FODMAP ont un effet osmotique en attirant l’eau dans le colon (Scand J Gastroenterol 1992;27:819–828). De plus, la fermentation des FODMAP par les bactéries de la flore entraîne une production de production de gaz dans les intestins (J Nutr 1998;128:11–19).

Dans des expériences animales, les rats ayant ingéré des fructo-oligosaccharides (qui sont des FODMAP) ont développé une irritation et inflammation de la paroi du colon, et leur perméabilité intestinale a été augmentée. Les rats ayant ingéré des FODMAP ont également été plus nombreux à développer des colites après avoir été infectés par des salmonelles (Gut 2003;52:1572–1578). Les résultats de ces études pourraient donc expliquer le développement de colopathie fonctionnelle chez 7 à 30% des malades suite à un épisode aigu infectieux de type gastro-entérite (J Gastroenterol Hepatol 2005;20:381–386). Les FODMAP ont également été prouvés pour avoir un effet prébiotique en permettant la prolifération sélective de certaines espèces de bactéries de la flore comme les Bifidobactéries (Gastroenterology 1995;108:975–982). L’ingestion de FODMAP peut également avoir des effets extra-intestinaux typiques de la colopathie. Par exemple, l’intolérance au lactose et la malabsorption du fructose ont été associés à des états dépressifs et l’élimination de l’excès de fructose a été démontrée pour améliorer les symptômes dépressifs chez un certain nombre de patients colopathes (Scand J Gastroenterol 2000;36:1048–1052).

Une des catégories principales des FODMAP est le fructose. Le fructose est présent dans notre alimentation occidentale. Il peut être consommé sous forme de monosaccharide libre, sous forme de disaccharide dans le saccharose, ou polymérisé dans les fructanes. L’intestin humain n’a pas d’enzyme spécifique pour digérer ou transporter le fructose. Son absorption est facilitée par des transporteurs au glucose (GLUT 5 et GLUT 2), qui peuvent être débordés par l’ingestion d’une grande quantité de fructose (Gastroenterology 1988;95:694–700). L’absorption du fructose est bien meilleure en présence du glucose. De ce fait, la malabsorption au fructose est plus importante quand le fructose est ingéré seul par rapport à une ingestion associé à du glucose. Dans l’ensemble, la littérature scientifique suggère que la prévalence de malabsorption au fructose est similaire entre les patients colopathes et les sujets sains. Cependant, certaines études suggèrent que la malabsorption au fructose serait liée à l’apparition de symptômes digestifs chez une partie des colopathes (Aliment Pharmacol Ther 2007;25:349–363; Neurogastroenterol Motil 2008;20:505–511; J Clin Gastroenterol 2008;42:233–238). Dans l’étude de Shepherd et al, environ 30% des colopathes sont incapables de tolérer des grandes quantités en fructose et fructanes alors que ce n’est pas le cas chez les patients non colopathes –  que ces derniers aient ou non une malabsorption au fructose. Cela suggère que les ramifications cliniques de malabsorption de fructose ou de fructanes peuvent être différentes chez les colopathes par rapport aux sujets sains.

Une autre catégorie de FODMAP est les fructanes, que l’on trouve par exemple dans le blé ou  le seigle. La piste des FODMAP expliquerait la croissance de prévalence aux anti-corps anti-gliadine chez les colopathes non coeliaque  (Gastroenterology 2007;132:A-147[#986]) ou expliquerait l’amélioration des symptômes chez les colopathes suivant le régime sans gluten (Clin Gastroenterol Hepatol 2007;5:844–850).

Bien que le corps médical ait pendant longtemps ignoré cette information, il y a de plus en plus de preuves prouvant que l’alimentation et les symptômes de colopathie fonctionnelle sont liés. […] (Neurogastroenterol Motil 2008;20:1189–1203).  Heureusement les résultats des équipes de chercheurs, à l’image de celle du Dr Shepherd, donnent envie de continuer à approfondir les recherches sur l’alimentation et la colopathie avec pour but de mieux comprendre les effets de certains aliments et substances alimentaires sur les fonctions immunitaires, motrices et sensorielles du tube digestif et sur la flore. De telles recherches permettraient de crédibiliser et développer les approches diététiques dans la gestion de la colopathie et de répondre aux attentes des colopathes. Espérons que cette fois-ci le corps médical en tiendra compte! »

 

Lien de l’article original:

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Un commentaire

  1. Merci de mettre à la disposition de tous ces informations et pour les efforts que vous faites pour cela.

    Savez-vous si les études, citées dans l’aticle que vous avez traduit, qui établissent l’impact des graisses sur le transit, précisent quels types de graisse ont cet impact ?

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    • Bonjour Claude,
      Votre message me touche beaucoup. Je m’implique autant que je peux pour aider les personnes à s’en sortir car je sais à quel point les symptômes digestifs peuvent être douloureux et handicapants dans la vie de tous les jours puisque j’en ai moi-même souffert pendant plus de 10 ans.
      Pour répondre à votre question, il s’agit essentiellement des mauvaises graisses (acides gras saturés et trans que l’on trouve par exemple dans les produits industriels).

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