Souffrances des colopathes

J’ai fait la connaissance de Mathieu sur le forum facebook de l’Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (APSSII). Il a écrit un texte magnifique très révélateur de ce que toute personne souffrant de troubles digestifs peut ressentir.

« On croit parfois que ça va mieux, car nous n’avons pas eu de crise pendant quelques temps…On essaye d’avoir une alimentation saine, on essaye de bouger, on essaye de vivre…

Puis d’un seul coup d’un seul plus rien…Les crises arrivent, on est bloqué, replié sur nous-mêmes et on se gave de médicaments, on hésite entre un aliment insipide et un autre (riz or not to riz), on n’a plus le goût de manger alors on se dit que peut être les plantes feront du bien, on se dit que plein de choses feraient du bien, mais non. Il y a la crise dehors, la crise en Europe, la crise dans nos rues, la crise dans nos ventres, mais le pire c’est la crise dans nos têtes. Assis sur nos trônes de roi, nous contemplons la porte des toilettes, à tel point que l’on connait chaque aspérité de celle-ci, les livres de chevets sont devenus des notices, et les tongs pour les vacances des boites de cachet. Quant à nos rêves d’avenir, ils ne sont qu’un projet sur une heure ou deux, jusqu’à ce que la prochaine crise nous ramène à la vérité et nous dise qu’en réalité, en plus de la prison de notre corps, il existe la prison de notre psychisme, qui commence à peser. Donc on se replie sur sois même, on s’isole et on espère que ça va passer…Puis si ça se calme, on vit -un peu- du moins on essaye mais tout en attendant la prochaine crise que l’on sait imminente. On ne sait pas où on va, on ne sait pas comment, la seule chose qu’on sait ce ne sont que les endroits que nous fréquenterons. Mon meilleur ennemi est devenu mon meilleur ami, il est rond et s’appelle toilette.

Nous nous relevons tous après ces crises, avant ou après, cependant nous anticipons, mais pas pour notre futur : pour maitriser notre présent…

Ma drogue à moi, elle a plein de noms légaux mais elle ne fait aucun effet, je suis – nous sommes – les dealeurs du légal qui ne servent à rien. Nous ne gagnons pas d’argent dessus nous en perdons, nous ne sommes pas heureux avec nos drogues et nous les « payons ». Nous essayons même des choses qui ne sont dans aucun protocole histoire « de », en vain…


En fin de compte, nous vivons une maladie dont on n’est pas sûr qu’elle existe, mais nous sommes plus vigilants que des gens ayant des maladies incurables.
Combien de temps l’esprit peut endurer le poids de la souffrance lorsque la souffrance est devenue une habitude ?

A cette question deux citations me viennent en tête tirées du film FIGHT CLUB : 
« C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut. »
« Les choses (maladie) qu’on possède finissent par nous posséder. » Cette dernière est révélatrice, changez le mot chose par maladie, et on a l’explication de toute l’ampleur de notre maladie.
Je ne sais pas où nous allons, mais en tout cas, nous sommes nombreux à nous y rendre… »

Merci Mathieu

 

Un commentaire

  1. Merçi Mathieu je suis très émue pour ton témoignage !!! il est beau et très bien écris !!! tu raconte très bien notre maladie et notre galère de tous les jours avec notre souffrance de chaque instant !!!!
    il faut que je le fasse lire à mon entourage pour qu’ils arrivent à comprendre notre souffrance et notre calvaire avec cette saleté de maladie qui nous pourrie la vie !! !!! merçi encore !!! bisous

    Martine

    Reply

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