Aloe vera et syndrome de l’intestin irritable

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Avant tout, il me semble indispensable – en tant qu’ancienne responsable marketing de compléments alimentaires dans un laboratoire para-pharmaceutique – de préciser que la mise sur le marché des compléments alimentaires est moins réglementée que celle des médicaments, qu’aucune preuve d’efficacité n’est obligatoire et qu’un complément alimentaire peut présenter des effets secondaires.

Les médicaments sont peu efficaces pour traiter le syndrome de l’intestin irritable. De ce fait, beaucoup de malades se dirigent vers des méthodes alternatives.

L’aloe vera est prouvée efficace pour traiter certaines affections de la peau comme l’herpès génital et le psoriasis mais qu’en est-il de son efficacité sur les troubles fonctionnels digestifs (ballonnements, douleurs, transit déréglé) liés au syndrome de l’intestin irritable ?

Qu’est-ce que l’aloe vera?

L’aloe vera, ou Aloe Barbadensis, est une plante vivace cultivée en région méditerranéenne, en Afrique du Nord, aux îles Canaries et au Cap Vert. Elle est vendue telle quelle – à préparer maison ou sous forme d’ampoules, de gélules ou de jus.

L’aloe vera produit 2 substances :

  • Le latex qui est une sève jaune et amère présente dans l’écorce et qui renferme des dérivés hydroxyanthracéniques aux actions laxatives très puissantes en stimulant les contractions du colon (appelé péristaltisme).
    Comme tout laxatif stimulant, le latex va, s’il est utilisé quotidiennement, de rendre le corps dépendant pour fonctionner normalement. Il sera donc préférable pour une personne souffrant de constipation chronique d’utiliser un autre type de laxatif (de type laxatif de lest ou laxatif osmotique).
  • Le gel d’aloe vera, qui est vendu le plus souvent sous forme de jus, et qui est issu du cœur des grosses feuilles de l’aloès. Celui-ci n’a aucune propriété laxative. Cependant, le gel d’aloe vera a été prouvé, in vitro (c’est à dire dans des tubes), pour avoir un effet anti-oxydant et anti-inflammatoire sur le colon, et de diminuer, dans une étude pilote suédoise (étude faite sur un petit nombre de volontaires) les douleurs et les ballonnements des personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable par rapport à un placebo.

L’aloe vera n’est pas sans risque…

Les extraits de feuilles d’aloe vera sont considérés par l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) depuis janvier 2018 comme « potentiellement cancérigènes pour l’homme ».
Et, une consommation excessive de latex d’aloe vera a été associée à de la diarrhée, quelques cas d’hépatites et de complications rénales.

C’est pour ces raisons d’ailleurs qu’en 2002, l’organisme américain scientifique de contrôle des produits alimentaires et médicaments (FDA ou Food and Drug Administration) a retiré l’autorisation de mise sur le marché des produits laxatifs à base d’aloe vera aux USA.

En France, depuis le 2 août 2018, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) et la DGS (Direction Générale de la Santé) recommandent d’éviter la consommation de feuilles fraîches d’Aloe vera, y compris le gel seul, par les enfants, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes fragiles.

A retenir:

  • Le latex d’aloe vera peut être efficace pour soulager une constipation ponctuelle mais son utilisation est à proscrire étant donné les nombreux risques pour la santé.
  • Le gel d’aloe vera exempt de latex peut être, selon la DGCCRF, consommé par les adultes en bonne santé. Il serait inutile de l’utiliser pour lutter contre une constipation et peut être serait il plus sage d’attendre que des études de qualité effectuées sur un grand nombre de volontaires confirment son efficacité sur les douleurs et les ballonnements de ceux souffrant du syndrome de l’intestin irritable.

Les médicaments prescrits pour le syndrome de l’intestin irritable

Bien qu’il n’existe aucune pilule miracle pour guérir du syndrome de l’intestin irritable, des médicaments permettent de réduire les symptômes digestifs (ballonnements, douleurs, troubles du transit) de cette maladie chronique et invalidante.

Cet article récapitule les médicaments prescrits pour le syndrome de l’intestin irritable en France à l’heure actuelle.

médicaments syndrome intestin irritable

Avant de vous les présenter, sachez que :

  • L’effet placebo d’un médicament ou d’un complément alimentaire est évalué entre 40 et 50%.
  • Un médicament ou un complément alimentaire est qualifié d’efficace si ses effets sont supérieurs à celui de l’effet placebo.
  • Même si un médicament est cliniquement efficace, il ne l’est pas dans 100% des cas. De ce fait, il est impossible de savoir à l’avance s’il sera efficace chez un malade ou non.
  • La posologie et la durée de traitement doivent être respectées pour permettre une réduction optimale des symptômes tout en limitant le risque d’avoir des effets secondaires.
  • J’ai écrit cet article en toute indépendance, dans le but unique de vous informer et non d’inciter à prendre ou à arrêter des traitements.
  • La prise ou l’arrêt d’un médicament, la posologie et la durée du traitement doivent être prescrits par votre médecin et/ou conseillé par votre pharmacien.
  • D’autres médicaments efficaces existent mais ne sont pas vendus en France (ex: Linaclotide, Eluxadoline, Rifaximine, Alosétron, Tagasérod). Pour certains d’entre eux, la raison évoquée est le risque d’effets secondaires graves.

Les anti-spasmodiques :

Ils sont, comme leur nom l’indique, des médicaments destinés à traiter les spasmes digestifs en agissant sur le muscle lisse intestinal.

Ils sont prescrits en cure ou à la demande.

Exemples : le phloroglucinol (Spasfon Lyoc®), l’association citrate d’alvérine + siméthicone (Météospamyl®) ou la mébévérine  (Duspatalin®).

Les médicaments agissant sur les troubles du transit :

  • Les laxatifs :

Ils sont préconisés chez ceux souffrant de constipation seule ou en alternance avec de la diarrhée.

1. Laxatifs de lest  :

Ils améliorent la consistance des selles et augmentent leur volume.

Ils ne sont pas toxiques mais peuvent entraîner chez certaines personnes des ballonnements.

Exemples : Normacol®, Polykaraya®, psyllium, Spagulax®, Transilane®

2. Laxatifs osmotiques :

Ils ramollissent les selles par un appel d’eau dans l’intestin.

Ils sont dénués de toxicité mais peuvent entraîner des diarrhées et des douleurs.

Exemples : Forlax®, Macrogol®, Movicol®, lactulose, sorbitol

  • Les ralentisseurs de transit :

Ils peuvent être prescrits chez ceux souffrant de diarrhée.

Ils réduisent la fréquence des selles et améliorent leur consistance mais peuvent augmenter la douleur chez certains.

Exemple : Lopéramide (Imodium ®)

L’échec du lopéramide, est peut être le signe d’une malabsorption iléale des acides biliaires. Dans ce cas, la colestyramine (Questran ®) peut être prescrite par le médecin.

Les médicaments agissant sur la sensibilité viscérale :

  • Les anti-dépresseurs : 

Les antidépresseurs sont une alternative thérapeutique qui se justifie pour agir sur d’éventuelles perturbations thymiques mais surtout sur l’hypersensibilité nerveuse viscérale. Pour cette raison, les doses prescrites sont inférieures à celles destinées pour traiter la dépression.

Ex : Amitriptyline (Laroxyl®), fluoxétine (Prozac®), citalopram (Séroplex®), paroxétine (Deroxat®)

  • Les anti-histaminiques  :

Des anti-histaminiques peuvent être prescrits pour réduire les sensations de douleurs induites par l’histamine.

Ex: Ebastine

Les Probiotiques :

Selon l’OMS, les probiotiques sont des « micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé, au-delà des effets nutritionnels traditionnels ».

Leur efficacité varie en fonction du type de la bactérie, de la souche, des quantités, du mode d’administration et de la personne. Parmi la multitude de probiotiques commercialisées en France, un petit nombre ont été étudié et peu ont démontré une efficacité supérieure au placebo.

Ex: Alforex® (Bifidobacterium infantis 35624), Smebiocta®  (Lactobacillus plantarum 299v), VSL#3® ( Streptococcus thermophilus, Bifidobacteria breveBifidobacteria longum, Bifidobacteria infantis, lactobacillus acidophilus, Lactobacillus plantarum, lactobacillus paracaseilactobacillus delbrueckii bugaricus), Kijiméa® (Bifidobacterium bifidum MIMBb7), Lactibiane référence® (Bifidobacterium longum LA101, Lactobacillus helveticus LA102, Lactococcus lactis LA103, Streptococcus thermophilus LA104), Probiolog florvis (Lactobacillus plantarum CECT7484, Lactobacillus plantarum CECT7485, Pediococcus acidilactici CECT7483)

Des méthodes alternatives (dont le régime pauvre en FODMAPs) sont prouvées pour réduire efficacement les symptômes du syndrome de l’intestin irritable. Pour cette raison, ils font maintenant partie intégrante des stratégies thérapeutiques des médecins généralistes et gastro-entérologues en France. Nous en parlerons dans un prochain article.

A suivre…

Quel fruit pauvre en FODMAP manger pour lutter contre la constipation?

Si vous faites partie des 20% de personnes souffrant de constipation, vous connaissez certainement le vieux remède qui consiste à manger des pruneaux. C’est vrai que cela peut être efficace mais…pas de bol, ils contiennent des FODMAPs! Si vous avez le syndrome de l’intestin irritable, il y a donc de grandes chances que cela vous provoque des ballonnements ou des douleurs.  J’ai, en revanche, une bonne nouvelle à vous annoncer : il existe un autre fruit pauvre en FODMAP aux propriétés laxatives.

Quel fruit pauvre en FODMAP peut-on manger pour faciliter le transit ?

Je vous donne trois indices : il est vert, il est poilu et a une arme secrète cachée sous une des 2 extrémités (d’ailleurs, si vous l’épluchez, veillez bien à retirer ce pic).

Réponse = le KIWI

kiwi_laxatif_naturel

Son efficacité sur la constipation est prouvée scientifiquement.

Ainsi, plusieurs études montrent que manger 2 kiwis par jour augmente la fréquence et la consistance des selles, réduit le temps de transit dans le colon, et aide même à diminuer la prise de laxatifs médicamenteux.

De plus, ce fruit étant pauvre en FODMAP, il sera bien digéré par la plupart des personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable et n’engendrera donc pas de douleurs ou de ballonnements.

Comment ça marche?

Il semblerait que cette action sur le transit serait due aux fibres du kiwi qui ont une bonne capacité à retenir l’eau – bien pensez à boire pour en optimiser cette action – et à une enzyme, l’actidine qui stimulerait le transit.

En bref:

Si vous souffrez de constipation et que vous avez le syndrome de l’intestin irritable, mangez 2 kiwis par jour! C’est naturel, c’est bon, c’est sain et c’est pauvre en FODMAP.

Pensez également à manger quotidiennement d’autres fruits, des légumes et des céréales complètes pauvres en FODMAP afin d’apporter des fibres supplémentaires, à bien vous hydrater et à bouger.

Laxatifs : n’en abusez pas

Si vous êtes constipé(e), vous avez surement pris ou pensé prendre un ou des laxatifs.

Beaucoup de laxatifs existent sur le marché mais attention, la prise de laxatifs, sur ordonnance ou en vente libre comme l’aloès ou les tisanes à base de séné ou tamarin, n’est pas anodine et risque d’engendrer des effets secondaires.

Dans tous les cas, avant de prendre un laxatif, il est fortement recommandé de demander conseils à votre médecin ou pharmacien et d’éviter au maximum de les prendre sur le long terme.

Les principaux effets secondaires des laxatifs sont:

  • L’augmentation de douleurs, des ballonnements et des gaz
  • L’apparition de diarrhée, de fuites ou incontinences anales
  • La diminution de l’absorption de certaines vitamines et de certains éléments nutritifs importants. Cela peut donc entraîner sur le long terme des carences nutritionnelles même si votre alimentation est équilibrée,
  • La stimulation de la perte intestinale en eau, en sodium et en potassium pouvant contribuer à vous déshydrater,
  • Une accoutumance, avec, à la longue , la possible dilatation du côlon qui deviendra encore plus paresseux.

Il existe 5 catégories de laxatifs, classées en fonction de leur mode d’action que je développerai dans les prochains articles :

  • Laxatifs stimulants
  • Laxatifs de lest ou de masse
  • Laxatifs  lubrifiants
  • Laxatifs  osmotiques
  • Laxatifs par voie rectale

Par ailleurs, sachez que des modifications de votre alimentation associée à une augmentation de l’activité physique peuvent vous aider à lutter contre la constipation.