Ballonnements & gaz

Flatulences : pourquoi vous pétez autant, et quand ça mérite un avis

Entre 13 et 21 fois par jour : c’est le nombre normal d’émissions de gaz chez un adulte en bonne santé. Si vous êtes arrivé ici en vous demandant si votre chiffre est anormal, la réponse est probablement non.

L’essentiel

  • Entre 13 et 21 fois par jour : c’est le nombre normal d’émissions de gaz chez un adulte en bonne santé.
  • Ce qui compte n’est pas le nombre, c’est un changement net et durable par rapport à votre habitude.
  • L’odeur ne dépend pas du volume mais de composés soufrés présents à l’état de traces — bien moins de 1 % du volume.
  • L’excès, quand il existe, vient le plus souvent de l’assiette. Une maladie digestive est plus rare — mais elle existe.
  • Les flatulences isolées ne figurent pas parmi les signes d’appel du cancer colorectal : c’est leur association à autre chose qui compte.

Contenu à visée informative, relu médicalement. Il ne remplace pas une consultation. Les situations qui imposent un avis sont listées plus bas : quand consulter un médecin.

Entre 13 et 21 fois par jour : c’est le nombre normal d’émissions de gaz chez un adulte en bonne santé. Si vous êtes arrivé ici en vous demandant si votre chiffre est anormal, la réponse est probablement non.

L’odeur, elle, ne dépend pas du volume mais de composés soufrés présents à l’état de traces. Et l’excès, quand il existe, vient le plus souvent de l’assiette. Une maladie digestive est plus rare — mais elle existe, et cette page vous dit à quoi elle ressemble.

Combien de pets par jour est normal ?

Deux mesures font référence, et elles concordent.

SourceCe qu’elle mesureRésultat
Manuels MSD (rév. mai 2024)Fréquence et volume quotidiens13 à 21 émissions/jour, pour 0,5 à 1,5 litre
Furne & Levitt, Dig Dis Sci, 1996Comptage chez des sujets sains, régime habituel10 ± 1 émission/jour en moyenne · limite haute de la normale : 20/jour

Retenez la synthèse : jusqu’à une vingtaine de fois par jour, c’est normal. C’est une limite haute, pas une moyenne — la plupart des gens sont bien en dessous.

Ce qui compte n’est pas le nombre, c’est le changement

Personne ne compte ses pets, et ce n’est pas le bon indicateur. Ce qui mérite votre attention, c’est un changement net et durable par rapport à votre habitude : vous êtes passé de « je n’y pense jamais » à « j’y pense tous les jours », et ça dure depuis plusieurs semaines. C’est ce contraste-là qui a une valeur.

Deux idées reçues à évacuer

« Les femmes pètent plus que les hommes. » Faux. L’étude de Furne et Levitt (Digestive Diseases and Sciences, 1996) a mesuré la production de gaz chez des hommes et des femmes : aucune différence. Pas davantage entre sujets jeunes et sujets âgés.

« Je pète plus qu’avant, donc je vieillis mal. » Le vieillissement en lui-même ne fait pas produire plus de gaz. Deux choses changent avec l’âge, et elles, comptent : la production de lactase diminue chez beaucoup d’adultes — le lait devient moins bien toléré qu’à 20 ans — et le transit ralentit, laissant plus de temps à la fermentation. Ce n’est pas l’âge, ce sont ses conséquences.

Pourquoi je pète beaucoup ? Les causes les plus fréquentes

Vos gaz ont deux origines : l’air que vous avalez et la fermentation d’aliments dans votre côlon. Le premier ressort surtout en rots, le second en pets — c’est de loin le principal pourvoyeur de flatulences. Le tri complet entre ces deux sources est détaillé dans notre page sur les gaz intestinaux.

1. Ce qu’il y a dans l’assiette

C’est la cause n°1, de très loin. Certains glucides ne sont pas absorbés dans l’intestin grêle : ils arrivent intacts dans le côlon, où les bactéries les font fermenter. Cette fermentation produit du gaz. C’est un processus normal et même souhaitable — ce sont les mêmes fibres qui nourrissent votre microbiote.

Bols de lentilles, de pois chiches et de haricots secs posés sur un plan de travail en pierre claire, aux côtés d'un chou-fleur et de gousses d'ail, lumière rasante du matin
IntensitéAliments
Très pourvoyeursHaricots secs, lentilles, pois chiches, fèves · choux (chou-fleur, brocoli, chou de Bruxelles) · oignon, ail, poireau
PourvoyeursTopinambour, artichaut, salsifis · pain complet, son · pommes, poires, pruneaux · boissons gazeuses, bière
ModérésLait et produits laitiers frais (si intolérance au lactose) · édulcorants en -ol (sorbitol, mannitol, xylitol) · chewing-gums
Peu ou pasRiz · carotte cuite, courgette, courge · banane mûre · viande, poisson, œuf (mais attention à l’odeur, voir plus bas)

Ces familles de sucres fermentescibles portent un nom : les FODMAP. Si votre problème est chronique, c’est par là qu’il faut commencer — voir la liste complète des aliments FODMAP.

2. Un changement récent d’alimentation

Le piège classique. Vous vous êtes mis aux légumineuses, vous avez augmenté les fibres, vous êtes passé au pain complet — et depuis, c’est l’usine. Ce n’est pas que ces aliments ne vous conviennent pas : votre microbiote n’a pas eu le temps de s’adapter. Une augmentation progressive sur trois à quatre semaines change radicalement le résultat.

3. La constipation

Un transit ralenti laisse les résidus plus longtemps dans le côlon : plus de temps de fermentation, plus de gaz. Cause fréquente et souvent négligée — traiter la constipation réduit les flatulences, alors qu’on cherche souvent à traiter les gaz directement.

4. Une intolérance, le plus souvent au lactose

Quand l’enzyme qui digère le lactose manque, le sucre du lait arrive intact dans le côlon et fermente massivement. Le signe qui oriente : symptômes une à trois heures après un produit laitier, de façon reproductible. Un test respiratoire à l’hydrogène permet de confirmer.

5. Une maladie de la digestion ou de l’absorption

Plus rare, mais c’est là qu’il faut regarder quand le reste ne colle pas. La maladie cœliaque, l’insuffisance pancréatique, une pullulation bactérienne de l’intestin grêle (SIBO) ou une giardiase (parasitose intestinale) augmentent nettement la production de gaz.

Le signe qui doit y faire penser : des selles anormales — claires, volumineuses, grasses ou huileuses, qui flottent et sentent particulièrement fort. C’est ce qu’on appelle une stéatorrhée, et c’est un vrai motif de consultation. La giardiase, elle, se suspecte après un voyage, une eau non traitée, une baignade en eau douce ou un passage en collectivité.

Si une maladie cœliaque est envisagée, ne supprimez pas le gluten avant la prise de sang. L’éviction fausse la sérologie et retarde le diagnostic.

6. L’air avalé

Manger vite, parler en mangeant, mâcher du chewing-gum, boire à la paille, fumer : tout cela fait avaler de l’air. Selon VIDAL, avaler deux à quatre litres d’air par jour est normal. Cet air ressort surtout en rots — c’est le sujet de notre page sur l’aérophagie. À noter : la majeure partie de l’air dégluti qui atteint l’intestin est réabsorbée dans le sang, et n’en ressort qu’un volume modeste sous forme de pets. L’air avalé fait donc surtout roter, rarement péter.

7. Certains médicaments

Les analogues du GLP-1 (sémaglutide, liraglutide, tirzépatide) sont aujourd’hui une cause très fréquente de ballonnements et de troubles du transit. S’y ajoutent la metformine, l’acarbose, l’orlistat, le lactulose, les édulcorants de nombreux médicaments effervescents, et les antibiotiques qui déséquilibrent temporairement la flore. Si l’excès a commencé en même temps qu’un nouveau traitement, ce n’est probablement pas une coïncidence — parlez-en avant d’arrêter quoi que ce soit.

Note sur les fibres : toute augmentation de fibres peut majorer les gaz les premières semaines. Le psyllium fait exception — il fermente peu, ce qui en fait souvent le mieux toléré. À introduire progressivement, avec suffisamment d’eau.

8. Un intestin hypersensible

Le fait le plus contre-intuitif du sujet. Les Manuels MSD le formulent ainsi : hormis chez les personnes qui consomment des boissons gazeuses ou avalent beaucoup d’air, la plupart de celles qui se sentent ballonnées n’ont en réalité aucun excès de gaz. Ce n’est pas la quantité qui a changé, c’est la perception. C’est le mécanisme central du syndrome de l’intestin irritable : un tube digestif qui ressent péniblement des phénomènes pourtant normaux.

Conséquence pratique : chercher à supprimer les gaz coûte que coûte est parfois le mauvais combat. Si vos gaz s’accompagnent de douleurs et d’un transit capricieux, c’est l’hypersensibilité qu’il faut traiter, pas le volume.

Pourquoi mes pets sentent mauvais ?

C’est la question que tout le monde se pose et à laquelle presque aucune page ne répond.

L’odeur ne vient pas du volume

Un pet est composé, en moyenne et de façon très variable d’une personne à l’autre, d’environ 59 % d’azote, 21 % d’hydrogène, 9 % de gaz carbonique, 7 % de méthane et 4 % d’oxygène. Aucun de ces gaz ne sent quoi que ce soit. Ils sont tous parfaitement inodores.

Schéma éditorial de la composition d'un gaz intestinal, cinq bandes de proportions décroissantes sur fond crème, avec une bande fine isolée pour les composés soufrés

L’odeur vient d’ailleurs : d’une poignée de composés soufrés présents à l’état de traces — de l’ordre de quelques dizaines de parties par million, soit bien moins de 1 % du volume. Le principal est le sulfure d’hydrogène, la molécule qui donne aux œufs pourris leur odeur caractéristique ; s’y ajoutent le méthanethiol et le diméthylsulfure (Suarez, Springfield & Levitt, Gut, 1998).

Donc : un gros volume de gaz peut être totalement inodore, et un tout petit volume peut être insoutenable. Deux problèmes distincts, deux causes distinctes.

Pourquoi un pet silencieux sent souvent plus fort

Le bruit vient des vibrations du sphincter, provoquées par un débit rapide et un gros volume. Un pet bruyant est donc souvent un grand volume de gaz de fermentation — riche en hydrogène et en CO₂, c’est-à-dire inodore. À l’inverse, un petit volume qui s’échappe lentement peut être très concentré en composés soufrés. Ce n’est pas une malédiction : c’est de l’arithmétique de concentration.

D’où vient le soufre

De l’assiette, presque exclusivement. Les acides aminés soufrés — la cystéine notamment — sont dégradés par les bactéries du côlon, qui en libèrent du sulfure d’hydrogène.

Les grands pourvoyeurs : œufs (surtout le jaune) · viande rouge, charcuterie, gibier · choux, brocolis, chou-fleur, chou de Bruxelles · ail, oignon, poireau · champignons · bière et vin · fruits secs, certains fromages affinés.

Remarquez la différence avec la liste précédente : le chou et l’oignon figurent dans les deux, mais les légumineuses font surtout du volume, tandis que l’œuf et la viande rouge font surtout de l’odeur. Utile quand on ne sait pas par quoi commencer.

Ce qui change l’odeur en 48 heures

L’odeur répond vite — beaucoup plus vite que le volume. Retirez les aliments soufrés pendant deux jours (pas de viande rouge, pas d’œuf, pas de chou, pas d’ail cru) et vous constaterez la différence presque immédiatement. C’est un bon repère pour confirmer que le problème vient bien de là.

Ce qui, en revanche, ne fonctionne pas : ajouter quelque chose. Sur l’odeur précisément, aucune donnée ne soutient les compléments « anti-odeur ». (Sur le volume et le ballonnement, c’est différent : les probiotiques aident certaines personnes, sans qu’on sache prédire lesquelles.) Ici, on retire, on n’ajoute pas.

Odeur d’œuf pourri : faut-il s’inquiéter ?

Non, dans l’immense majorité des cas — c’est la signature du sulfure d’hydrogène, donc de votre alimentation des dernières 24 heures. Une odeur forte après un repas riche en protéines animales ou en crucifères est parfaitement attendue.

Ce qui mérite attention, c’est une odeur nouvelle, persistante malgré un changement d’alimentation, et accompagnée d’autre chose : selles grasses ou qui flottent, diarrhée qui dure, perte de poids, sang dans les selles. Ce n’est alors plus l’odeur le sujet, mais ce qui l’accompagne.

Comment réduire ses flatulences : ce qui marche, ce qui ne marche pas

Ce qui marche

Retirer un seul groupe d’aliments à la fois. C’est la méthode recommandée par les Manuels MSD, et la seule qui permette d’identifier le vrai coupable. Une à deux semaines par groupe. Retirer tout en même temps ne vous apprend rien et vous prive inutilement.

Ralentir le repas. Vingt minutes minimum à table, sans écran, en mâchant.

Traiter la constipation, si elle existe. Souvent, c’est tout le problème.

Ne pas se retenir. Quand le gaz ne veut pas sortir, la cause est plus souvent une retenue réflexe qu’un excès de production : voir quelle position adopter pour évacuer les gaz.

Homme d'une quarantaine d'années marchant sur un trottoir bordé d'arbres en début de soirée, veste ouverte, lumière basse et dorée

Bouger. L’activité physique accélère le transit et favorise l’émission des gaz pendant l’effort — donc au moment où c’est le moins gênant, plutôt que leur accumulation pour plus tard. Une marche de vingt à trente minutes après le repas du soir est le geste au meilleur rapport effort/résultat.

Le trempage des légumineuses. Douze heures de trempage, jeter l’eau, rincer, puis cuisson longue : cela élimine une bonne partie des sucres fermentescibles. Ce seul geste rend les légumineuses tolérables à beaucoup de gens qui les avaient abandonnées.

Sécurité — haricots rouges et blancs secs : ils doivent être portés à ébullition franche pendant au moins 10 minutes. Une cuisson douce prolongée (mijoteuse) ne détruit pas la phytohémagglutinine et peut provoquer une intoxication.

Ce qui marche mal, ou pas

Le charbon végétal activé. Effet modeste, doses élevées nécessaires, il colore la bouche et tache les vêtements. Surtout, il diminue l’absorption de nombreux médicaments.

Si vous prenez une pilule contraceptive, un écart de deux heures ne suffit pas à garantir son efficacité : utilisez une contraception complémentaire (préservatif) pendant toute la durée de la cure et les jours qui suivent, et parlez-en à votre pharmacien.

Pour les autres traitements : au moins deux heures d’écart, davantage (3 à 4 h) pour les médicaments à marge étroite — anticoagulants, antiépileptiques, traitements thyroïdiens, immunosuppresseurs. Le charbon ne doit pas être pris en cas de suspicion d’occlusion (arrêt des gaz et des selles, vomissements). Cures courtes uniquement.

La siméticone. Les données d’efficacité restent limitées. Elle est bien tolérée, avec des effets indésirables rares, mais n’en attendez pas de miracle.

Les régimes d’éviction totale. Supprimer durablement toutes les familles à risque expose à des carences et appauvrit le microbiote, ce qui peut aggraver le problème à moyen terme. L’éviction est un outil de diagnostic temporaire, pas un mode de vie.

Les plantes : ce que disent les monographies européennes

Trois plantes ont une indication reconnue par l’Agence européenne du médicament (EMA) sur ce symptôme. Deux au titre de l’usage traditionnel — l’ancienneté et l’innocuité sont établies, pas l’efficacité par essai clinique. La troisième relève de l’usage médical bien établi, c’est-à-dire d’une efficacité étayée cliniquement.

Ombelles de fenouil séchées, feuilles de mélisse fraîches et brins de menthe poivrée disposés sur un linge de lin écru, lumière diffuse d'atelier
PlanteStatut EMAIndication retenue
Fenouil doux (fruit)Usage traditionnelTroubles gastro-intestinaux spasmodiques légers, ballonnements et flatulences
Mélisse (feuille)Usage traditionnelTroubles digestifs légers, ballonnements et gaz
Menthe poivrée (huile essentielle, en capsules gastro-résistantes)Usage médical bien établiSpasmes digestifs mineurs, flatulences et douleurs abdominales, en particulier dans le syndrome de l’intestin irritable

Ce que les monographies imposent de savoir

Menthe poivrée (voie orale) — uniquement en capsules gastro-résistantes, à avaler entières sans les croquer. Contre-indiquée en cas de maladie du foie, de trouble biliaire ou de calculs biliaires, et d’achlorhydrie. Non recommandée avant 8 ans, ni pendant la grossesse et l’allaitement. Elle peut aggraver un reflux ou une hernie hiatale : dans ce cas, on arrête. À ne pas associer aux antiacides et aux IPP, qui dissolvent l’enrobage prématurément.

Fenouil douxnon recommandé pendant la grossesse et l’allaitement, ni avant 4 ans. Durée maximale : 2 semaines. Contre-indiqué en cas d’allergie aux Apiacées (anis, carvi, céleri, coriandre, aneth) ou au pollen d’armoise.

Mélissenon recommandée avant 12 ans, ni pendant la grossesse et l’allaitement. Elle peut altérer l’aptitude à conduire. Consulter si les symptômes persistent au-delà de 2 semaines. Prudence en cas de traitement thyroïdien.

Que manger, et quoi retirer en premier

Avant de commencer

Ces évictions sont des tests courts, à visée diagnostique — pas un régime. Elles ne conviennent pas à tout le monde. Parlez-en d’abord à votre médecin si vous êtes enceinte ou allaitez, si vous avez moins de 18 ans, si vous avez plus de 70 ans ou êtes fragile ou dénutri, si vous êtes diabétique, ou si vous avez déjà eu un trouble du comportement alimentaire — dans ce dernier cas, une liste d’aliments interdits peut faire plus de mal que les symptômes eux-mêmes.

Et si une maladie cœliaque est envisagée : ne supprimez pas le gluten avant la prise de sang.

OrdreCe qu’on retirePendantCe qu’on observe
1Produits laitiers frais (lait, crème, fromage frais)10 joursSi tout s’arrange → piste lactose, à confirmer par un test
2Légumineuses + choux + oignon/ail10 joursSi le volume chute → fermentation, réintroduire avec trempage
3Viande rouge, charcuterie, œufs3 joursSi l’odeur disparaît → soufre alimentaire, c’est réglé
4Édulcorants en -ol, chewing-gums, sodas light7 joursSouvent spectaculaire chez les gros consommateurs
5Fruits crus en fin de repas7 joursEffet plus modeste, mais réel chez certains

Pendant l’éviction n°1, compensez le calcium : boissons végétales enrichies, eaux minérales calciques.

Ce qu’on garde : riz, pommes de terre, carottes et courgettes cuites, banane mûre, poisson, volaille, huile d’olive, yaourts nature bien tolérés.

Cette logique est celle de l’approche FODMAP, en version simplifiée. La méthode complète, avec portions et seuils, est ici : le régime FODMAP expliqué.

La nuit, au réveil, en public : les situations qui gênent

Pourquoi ça arrive surtout la nuit

Deux raisons se cumulent. Le sphincter anal se relâche pendant le sommeil : ce qui était retenu dans la journée s’échappe. Et la fermentation du repas du soir bat son plein trois à six heures après, c’est-à-dire en pleine nuit.

Ce qui aide : dîner plus tôt et plus léger, éviter les grands pourvoyeurs de fermentation le soir, marcher après le repas.

Le pic du matin

Les gaz produits pendant la nuit se sont accumulés, et la reprise de l’activité — se lever, bouger, le réflexe gastro-colique du petit-déjeuner — les remet en mouvement d’un coup. En l’absence des signes listés plus bas, c’est un fonctionnement normal.

En réunion, en cours, en couple

Se retenir ponctuellement ne présente aucun danger. Le gaz est réabsorbé ou reporté, c’est tout.

En revanche, quand le gaz reporté finit par rester coincé et faire mal, il faut l’aider à sortir : vider son ventre des gaz, le protocole en 5 étapes.

Se retenir toute la journée, tous les jours, n’est pas neutre. Cela crée de l’inconfort, une sensation de distension, et le report nocturne. Si vous passez vos journées à vous contracter, le problème à traiter est en amont — dans l’assiette — pas dans le contrôle.

Anticiper fonctionne mieux que contrôler. Un repas allégé avant une journée de réunions vaut mieux qu’une matinée de crispation.

Ne plus arriver à se retenir du tout : consultez

Si vous ne parvenez plus à contenir vos gaz alors que vous y arriviez avant, il ne s’agit pas d’un excès de production. La première étape est un examen : c’est lui qui oriente vers une rééducation périnéale — souvent efficace, notamment après un accouchement ou avec l’âge — ou vers un autre traitement. Ce n’est ni honteux, ni une fatalité.

Appelez le 15 ou allez aux urgences si cette perte de contrôle est apparue rapidement et s’accompagne d’une perte de sensibilité au niveau des fesses ou du périnée, d’une difficulté à uriner, d’une faiblesse des jambes ou d’une douleur lombaire.

Flatulences excessives et cancer : ce qu’il faut vraiment savoir

Google place « flatulences excessives cancer » dans les recherches associées à ce sujet. Vous êtes donc loin d’être seul à vous poser la question. Réponse franche, tout de suite :

Les flatulences isolées ne figurent pas parmi les signes d’appel du cancer colorectal.

Ce cancer se manifeste par du sang dans les selles, un changement durable du transit, une perte de poids inexpliquée, une anémie — et, quand la tumeur gêne le passage, par des ballonnements et des douleurs. C’est cette association qui compte, jamais le gaz seul.

Ce qui compte n’est jamais le gaz seul

Les Manuels MSD retiennent trois signes avant-coureurs devant des gaz : perte de poids involontaire, sang dans les selles, douleur ou gêne thoracique. Nous y ajoutons ci-dessous les situations que les recommandations imposent d’explorer.

Signal d’alarmePourquoi il compte
Douleur ou oppression thoraciqueChez certaines personnes, une sensation de ballonnement ou une envie impérieuse d’éructer est le seul symptôme d’un problème cardiaque. En cas de doute, on appelle le 15
Perte de poids involontaireLe corps consomme ses réserves sans raison identifiée
Sang dans les sellesRouge ou noir, visible ou détecté au test, il exige toujours un avis. Sous anticoagulant ou aspirine : avis rapide
Changement durable du transitDiarrhée ou constipation nouvelle qui s’installe et ne repart pas
Selles grasses, claires, qui flottentSigne de malabsorption (cœliaque, insuffisance pancréatique, parasitose)
Ballonnement nouveau et persistantÀ partir de la quarantaine, et a fortiori après 50 ans, il justifie des examens

Aucun de ces signes, et une consultation en urgence ne s’impose pas. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais en parler : si vos gaz vous gênent au quotidien depuis plusieurs semaines, votre médecin traitant est le bon interlocuteur, même sans signe d’alarme.

Chez la femme, le ballonnement persistant est un signe à connaître

Contrairement aux gaz, un ballonnement qui ne repart pas peut être le premier signe d’un cancer de l’ovaire. Les quatre symptômes recherchés : ballonnement ou augmentation du volume de l’abdomen qui persiste · satiété précoce ou perte d’appétit · douleur pelvienne ou abdominale · envies d’uriner plus fréquentes ou impérieuses.

S’ils sont présents plus de 12 jours par mois et sont apparus depuis moins d’un an, consultez — quel que soit votre âge, sans attendre la ménopause. À noter également : un « syndrome de l’intestin irritable » qui débuterait après 50 ans chez une femme doit être exploré avant d’être étiqueté ainsi, car le SII commence rarement à cet âge.

Le message le plus utile de cette section

Le dépistage organisé du cancer colorectal est proposé gratuitement tous les deux ans, de 50 à 74 ans. C’est un test à faire chez soi. Si vous êtes dans cette tranche d’âge et que vous vous inquiétez pour vos gaz, c’est infiniment plus utile que de scruter vos symptômes. Un antécédent familial au premier degré peut justifier un suivi plus précoce : parlez-en à votre médecin.

Nous avons consacré une page entière à la question de la gravité : mal de ventre et cancer, ce qu’il faut savoir.

Quand consulter un médecin

Trois niveaux, du plus urgent au plus programmable. Ce classement ne remplace pas un avis : en cas de doute, c’est le médecin qui tranche, pas la liste.

Cabinet de médecine générale clair, bureau en bois avec un stéthoscope posé, deux chaises face à face devant une fenêtre, fin de matinée

Immédiatement — appelez le 15

  • Douleur ou oppression thoracique, même si vous pensez que « c’est la digestion » ;
  • arrêt des gaz ET des selles avec ventre douloureux, ballonné et vomissements → suspicion d’occlusion. Ne mangez pas, ne buvez pas, ne prenez aucun laxatif ni charbon ;
  • ventre dur, douleur brutale et intense, fièvre élevée ;
  • perte de contrôle des gaz d’installation rapide avec troubles urinaires ou faiblesse des jambes.

Dans les 24 à 48 heures

  • Sang dans les selles, rouge ou noir ;
  • diarrhée avec fièvre et frissons ;
  • vomissements répétés.

Dans la semaine

  • Gaz abondants et perte de poids inexpliquée ;
  • gaz et diarrhée depuis plus de trois semaines ;
  • selles grasses, claires, volumineuses ou qui flottent ;
  • changement durable du transit chez une personne de plus de 50 ans ;
  • ballonnement nouveau et persistant, en particulier chez la femme (voir plus haut) ;
  • diarrhée qui réveille la nuit, glaires, douleurs articulaires, aphtes → piste maladie inflammatoire ;
  • incontinence aux gaz d’installation progressive ;
  • symptômes systématiquement déclenchés par les produits laitiers ;
  • prise de poids avec ventre qui gonfle et jambes qui enflent → ce n’est pas du gaz, consultez.

Ce que le médecin pourra proposer : test respiratoire à l’hydrogène pour l’intolérance au lactose, sérologie de la maladie cœliaque, recherche de parasites dans les selles, prise de sang, et selon l’âge et les signes, une coloscopie ou une échographie. Chez une femme en âge de procréer, un test de grossesse fait souvent partie du bilan.

Questions fréquentes

Combien de pets par jour est normal ?

Entre 13 et 21 émissions par jour, pour un volume total de 0,5 à 1,5 litre, selon les Manuels MSD. Une étude de référence (Furne & Levitt, 1996) situe la moyenne autour de 10 par jour et la limite haute de la normale à 20. Retenez qu’une vingtaine de fois par jour reste normal, et que ce qui compte davantage qu’un chiffre absolu, c’est un changement net par rapport à votre habitude.

Pourquoi mes pets sentent-ils l’œuf pourri ?

Parce qu’ils contiennent des composés soufrés à l’état de traces — principalement du sulfure d’hydrogène — qui portent la quasi-totalité de l’odeur alors qu’ils représentent bien moins de 1 % du volume. Ils proviennent de la dégradation d’acides aminés soufrés par les bactéries du côlon. Les principaux pourvoyeurs sont les œufs, la viande rouge, la charcuterie, les choux, l’ail et l’oignon. En les retirant deux jours, l’odeur change nettement.

Est-ce que beaucoup de flatulences peut être un signe de cancer ?

Les flatulences isolées ne figurent pas parmi les signes d’appel du cancer colorectal. Ce qui doit alerter, c’est leur association à autre chose : perte de poids involontaire, sang dans les selles, changement durable du transit, selles grasses, ou ballonnement nouveau et persistant. Chez la femme, un ballonnement qui ne repart pas, associé à une satiété précoce ou à des envies d’uriner fréquentes, doit faire consulter à tout âge. Et si vous avez entre 50 et 74 ans, le dépistage organisé gratuit est la démarche la plus utile.

Pourquoi je pète plus en vieillissant ?

Ce n’est pas l’âge en lui-même : les études n’ont pas retrouvé de différence de production de gaz entre sujets jeunes et sujets âgés. Deux mécanismes expliquent le ressenti : la production de lactase diminue chez beaucoup d’adultes, rendant le lait moins bien digéré, et le transit ralentit, ce qui laisse plus de temps à la fermentation.

Est-ce dangereux de se retenir de péter ?

Se retenir ponctuellement ne présente aucun danger : le gaz est réabsorbé ou reporté. Se retenir en permanence entretient l’inconfort et la sensation de distension, et reporte l’émission sur la nuit. Si vous passez vos journées à vous contenir, le problème est à traiter en amont, dans l’alimentation. En revanche, ne plus pouvoir se retenir est un motif de consultation.

Le charbon végétal fonctionne-t-il vraiment contre les gaz ?

Son effet est modeste et exige des doses élevées. Surtout, il diminue l’absorption de nombreux médicaments : un écart de deux heures minimum est nécessaire, et pour une pilule contraceptive cet écart ne suffit pas — il faut une contraception complémentaire pendant la cure. Il ne doit pas être pris en cas de suspicion d’occlusion intestinale. Ce n’est pas la solution de fond.

Pourquoi je pète surtout la nuit ou au réveil ?

Le sphincter anal se relâche pendant le sommeil, libérant ce qui a été retenu dans la journée. Par ailleurs, la fermentation du repas du soir atteint son maximum trois à six heures plus tard, donc en pleine nuit. Au réveil, la reprise de l’activité et le réflexe gastro-colique remettent tout en mouvement d’un coup. C’est un fonctionnement normal en l’absence de signe d’alarme.

Nos sources & notre méthode

Cette page a été rédigée à partir de sources médicales institutionnelles et mise à jour le 2 août 2026 par La Rédaction d’Anti Maux de Ventre. Elle a une visée d’information et ne remplace pas un avis médical : en cas de doute, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

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