Des mois, parfois des années, à guetter le transit, à essayer les pruneaux, les fibres, les tisanes, un laxatif de temps en temps. Une constipation qui dure n’est ni une fatalité ni un manque de volonté. Derrière ce mot se cachent deux mécaniques différentes, des examens qui permettent de savoir laquelle est en cause, et un ordre de traitement — dont beaucoup de personnes ne dépassent jamais la première marche.
Définition
Constipation chronique : de quoi parle-t-on ?
Trois mois de symptômes, sur les six derniers
Le mot « constipation » recouvre plusieurs gênes : des selles trop rares, des selles dures, ou une évacuation difficile. On parle de constipation chronique quand cette gêne s’installe. Les recommandations françaises de la Société nationale française de colo-proctologie la définissent par « l’association de deux ou plus des symptômes suivants d’une durée de trois mois apparus lors des 6 derniers mois » (recommandations de la SNFCP). Les critères eux-mêmes, et la fréquence normale des selles, sont détaillés sur notre page consacrée à la constipation.
La durée est ce qui sépare une gêne passagère — un voyage, un alitement, un changement d’alimentation — d’un trouble qui demande qu’on en cherche la mécanique. Une constipation occasionnelle cède en général d’elle-même. Une constipation chronique, elle, répond mieux quand on sait de quel type elle relève. Cette page concerne l’adulte. Chez l’enfant, la constipation a ses propres causes et ses propres traitements : c’est au médecin ou au pédiatre d’en juger.
Une personne sur six, et davantage avec l’âge
Vous n’êtes pas une exception. Les mêmes recommandations évaluent la fréquence de la constipation à 16 % des adultes en moyenne, et à 33,5 % des personnes de 60 ans et plus, avec une fréquence un peu plus élevée chez les femmes (rapport de 1,5 pour 1) (SNFCP). Chez les personnes âgées qui vivent en institution, la Société nationale française de gastro-entérologie parle de jusqu’à 70 %.
Les chiffres varient d’une étude à l’autre — de 3 à 27 % selon la façon de poser la question, relèvent les recommandations européennes. Ce qui ne varie pas : c’est un trouble courant, et il se soigne.
Le mécanisme
Deux mécaniques derrière le même mot
Les gastro-entérologues distinguent deux grands types de constipation chronique (SNFGE). Ils peuvent coexister. Chez beaucoup de personnes, les examens ne retrouvent d’ailleurs ni l’un ni l’autre : la constipation est alors dite « fonctionnelle », et elle se traite par les mêmes paliers. Votre ressenti donne une première piste — seul un examen la confirme.
| Ce que vous vivez le plus souvent | Ce que ça évoque | Ce qui aide en premier |
|---|---|---|
| Peu d’envies, des selles rares et dures, le ventre qui se remplit au fil des jours | Un transit lent : le côlon fait avancer les selles trop lentement | Les habitudes bien réglées, puis un laxatif osmotique |
| L’envie est là, mais rien ne sort malgré les efforts ; impression de blocage tout en bas, de ne pas avoir fini ; besoin d’appuyer avec les doigts | Un trouble de l’évacuation : la sortie ne s’ouvre pas au bon moment | Les traitements par voie rectale, puis une rééducation |
| Un peu des deux | Une forme mixte, fréquente | Les deux approches, dans l’ordre que fixe le médecin |
| Des douleurs ou des ballonnements au premier plan, soulagés quand vous allez à la selle | Une constipation dans le cadre d’un intestin irritable | Une prise en charge qui vise aussi la douleur |
Le côlon qui avance trop lentement
Dans la constipation de transit, les selles progressent trop lentement dans le côlon. Pendant ce temps, l’intestin continue d’en absorber l’eau : elles arrivent dures et peu volumineuses, et l’envie se fait rare. C’est la forme la plus connue. Les fibres aident surtout quand elle est modérée ; quand le transit est très lent, les laxatifs osmotiques prennent le relais. Dans sa variante la plus marquée, que les spécialistes appellent inertie colique, le transit est très fortement ralenti (FMC-HGE). C’est une forme rare, qui relève d’un spécialiste.
La sortie qui ne s’ouvre pas
Dans le trouble de l’évacuation — les médecins disent dyschésie —, les selles arrivent normalement jusqu’au rectum, mais l’expulsion ne se fait pas. Le plus souvent, le problème est une question de coordination : au moment de pousser, les muscles du périnée et le sphincter anal devraient se relâcher, et ils se contractent au contraire. La SNFGE décrit ce mécanisme, l’anisme, comme une « absence de relâchement du sphincter anal lors de la poussée ». Plus rarement, c’est une anomalie anatomique — un rectum qui fait poche vers l’avant (rectocèle) ou qui descend (prolapsus).
C’est la forme qu’on rate le plus souvent, et c’est pour elle que la différence compte : ajouter des fibres ne règle pas un problème de sortie, et peut même majorer le ballonnement. Les recommandations européennes demandent d’ailleurs qu’un trouble de l’évacuation soit écarté avant de conclure à un transit lent (ESNM).
Quand le mal de ventre passe avant le transit
Si ce qui vous gêne le plus est la douleur ou le ballonnement, et qu’ils s’apaisent après être allé à la selle, la constipation peut s’inscrire dans un syndrome de l’intestin irritable. La prise en charge vise alors aussi la douleur, et le stress y joue souvent un rôle — nous en parlons dans notre page sur le lien entre stress et mal de ventre.
Un mot sur le jargon
- Dyschésie : difficulté à évacuer des selles arrivées dans le rectum.
- Dyssynergie (ou anisme) : les muscles de la sortie se contractent au lieu de se relâcher quand on pousse.
- Inertie colique : côlon qui ne propulse presque plus son contenu.
- Réfractaire : qui ne répond pas à un traitement bien conduit.
Les causes
Pourquoi elle s’installe
Le plus souvent, sans maladie derrière
Dans la grande majorité des cas, aucune maladie n’est en cause : on parle de constipation fonctionnelle, ou primitive. Plusieurs facteurs s’additionnent — une alimentation pauvre en fibres, trop peu à boire, peu d’activité physique, des horaires qui font remettre l’envie à plus tard (Assurance Maladie). Avec l’âge, la sédentarité et les médicaments s’ajoutent. Ce n’est pas une faute : c’est une mécanique qui s’est déréglée, et qui se règle.
Les médicaments qui ralentissent l’intestin
C’est la cause à vérifier en premier, parce qu’elle est fréquente et qu’elle se corrige. L’Assurance Maladie cite certains antidouleurs, anticonvulsivants, antidépresseurs, diurétiques et médicaments contre l’acidité de l’estomac (ameli). Les antidouleurs dérivés de la morphine (codéine, tramadol, morphine) sont les plus connus ; le fer et les médicaments dits anticholinergiques aussi (Manuels MSD). Les recommandations françaises préconisent d’arrêter les médicaments constipants « dans la mesure du possible » (SNFCP) — jamais seul : c’est une question à poser au médecin qui les a prescrits.
Les maladies qui peuvent la provoquer
Plus rarement, la constipation est le signe d’autre chose. Une thyroïde qui fonctionne au ralenti, un diabète, une maladie neurologique (Parkinson, sclérose en plaques, lésion de la moelle épinière), un taux de calcium trop élevé dans le sang, une dépression (Assurance Maladie ; MSD). Et, parmi les causes digestives, un cancer du côlon ou du rectum — c’est la raison pour laquelle une constipation qui change doit être examinée (voir plus bas).
Les causes rares, celles que cherche un spécialiste
Quand une constipation résiste à tout, ou qu’elle remonte à l’enfance, le gastro-entérologue peut penser à des causes rares : l’inertie colique, une pseudo-obstruction intestinale chronique (l’intestin se comporte comme s’il était bouché alors qu’il ne l’est pas), une maladie de Hirschsprung révélée à l’âge adulte. Une formation destinée aux gastro-entérologues liste ce qui doit y faire penser : une constipation qui change durablement de caractère, qui résiste à des traitements habituellement efficaces, qui a commencé dans l’enfance ou l’adolescence, des cas dans la famille, des selles moins d’une fois par semaine (FMC-HGE 2025). Ces situations sont exceptionnelles.
Le diagnostic
Les examens : lesquels, pour qui, à quoi ils servent
Le plus souvent, l’examen du médecin suffit
C’est ce que rappelle l’Assurance Maladie : « Le plus souvent, l’examen clinique est suffisant pour poser le diagnostic de constipation et pour en trouver l’origine » (ameli). Le médecin vous interroge sur vos selles, vos habitudes, vos médicaments, et il examine votre ventre — parfois aussi l’anus et le rectum, avec un doigt ganté (toucher rectal). Cet examen, court, recherche une fissure, des hémorroïdes, du sang ou une masse, évalue le tonus des muscles de la sortie et peut donner une première indication sur leur relâchement quand on pousse (MSD).
La coloscopie n’est pas systématique
On imagine souvent qu’une constipation qui dure impose une coloscopie. Ce n’est pas le cas : les recommandations françaises la réservent aux situations où il existe un signe d’alarme ou une suspicion de cause organique à l’examen (SNFCP) — sang dans les selles, anémie, amaigrissement, constipation récente après 50 ans, antécédents familiaux de cancer colorectal (SNFGE). En dehors de ces cas, elle n’explique pas une constipation ; le dépistage du cancer colorectal, lui, suit ses propres règles : entre 50 et 74 ans, il repose d’abord sur un test à faire chez soi, proposé tous les deux ans, que l’on soit constipé ou non.
Les examens qui mesurent la mécanique
Selon la situation, le médecin peut demander une prise de sang ou une coloscopie ; quand les premiers traitements n’ont pas suffi, des examens spécialisés permettent de savoir où ça coince (SNFGE) :
| Examen | Ce qu’il cherche | Comment ça se passe |
|---|---|---|
| Prise de sang | une thyroïde lente, un calcium trop élevé, un diabète, une anémie | une prise de sang ordinaire, si le médecin le juge utile |
| Temps de transit colique | si le côlon est lent, et où | on avale de petits marqueurs visibles à la radio pendant quelques jours, puis une radio du ventre montre combien il en reste |
| Manométrie anorectale | si les muscles de la sortie se relâchent quand on pousse | une fine sonde souple placée dans l’anus mesure les pressions pendant qu’on serre et qu’on pousse ; ce n’est pas douloureux |
| Test d’expulsion du ballonnet | si l’on arrive à évacuer | on essaie d’expulser un petit ballon rempli d’eau placé dans le rectum, souvent en même temps que la manométrie |
| Défécographie (souvent par IRM) | une anomalie anatomique (rectocèle, prolapsus) ou une mauvaise coordination | des images du rectum prises pendant l’évacuation |
| Coloscopie | une lésion du côlon | seulement s’il existe un signe d’alarme |
Le test du ballonnet a un intérêt pratique : quand il est anormal, il peut laisser prévoir une meilleure réponse à la rééducation (ESNM).
Le traitement
Le traitement, palier par palier
On ne saute pas les marches, et on ne reste pas bloqué sur la première. Voici l’ordre que suivent les recommandations, et ce qu’on peut en attendre quand des chiffres existent.
| Palier | Pour qui | Ce qu’on peut en attendre |
|---|---|---|
| Palier 1 : Habitudes bien régléesfibres surtout solubles, eau, activité, horaire, position | tout le monde, en premier | avec le psyllium (fibre soluble), traiter 2 personnes permet en moyenne qu’une de plus aille mieux qu’avec un placebo (ESNM) |
| Palier 2 : Laxatif osmotiquemacrogol, lactulose | si le palier 1 ne suffit pas | macrogol : 1 personne de plus soulagée pour 3 traitées ; lactulose : pour 4 (ESNM) |
| Palier 3 : Laxatif stimulant, en renfort | en cas d’échec des osmotiques | efficace, mais prévu sur de courtes durées |
| Palier 4 : Médicament qui relance le côlonprucalopride | après échec des paliers 1 et 2 | sur prescription |
| Rééducation par biofeedback | troubles de l’évacuation | bénéfice maintenu à un an chez environ une personne sur deux, dans une étude citée par les recommandations européennes |
| Irrigation, chirurgie | formes réfractaires, très sélectionnées | chirurgie utile chez probablement moins de 5 % des patients |
Les deux dernières lignes ne sont pas des marches de plus : ce sont des voies à part, réservées à des situations précises.
Palier 1 — les habitudes, mais bien réglées
Ce palier échoue souvent pour une raison simple : il est mal fait. Les fibres doivent être augmentées progressivement, sur environ deux semaines, pour limiter les ballonnements ; les recommandations françaises les retiennent pour les constipations légères à modérées (SNFCP ; ameli). Les recommandations européennes retiennent surtout les fibres solubles (psyllium, avoine) ; les fibres insolubles, comme le son de blé, donnent plus volontiers des ballonnements et des crampes (ESNM). Les quantités et les aliments qui les apportent sont dans notre guide des fibres alimentaires, et l’assiette au quotidien dans ce qu’il faut manger quand on est constipé.
Le reste relève du bon sens plus que de la preuve. L’Assurance Maladie conseille de boire au moins 1,5 litre d’eau par jour, de bouger tous les jours, d’aller aux toilettes à heure fixe, 30 minutes à une heure après un repas, dès que l’envie se présente, et de surélever les pieds sur un petit marchepied (ameli). Soyons précis : selon les recommandations françaises, « il n’y a pas de preuve pour recommander une augmentation des apports hydriques journaliers » pour traiter une constipation chronique, sauf déshydratation chez la personne âgée, ni pour recommander une activité physique régulière dans ce but ; les eaux riches en magnésium ont en revanche un effet laxatif reconnu (SNFCP). Ce sont de bonnes habitudes, pas un remède suffisant : si elles ne changent rien, passez au palier suivant plutôt que de boire encore plus. Ce que valent les pruneaux, le kiwi ou le psyllium est comparé dans notre page sur les laxatifs naturels.
Palier 2 — un laxatif osmotique, au long cours si besoin
Les laxatifs osmotiques attirent de l’eau dans l’intestin et ramollissent les selles. Ils sont « souvent utilisés en première prescription » (ameli), et les recommandations françaises les placent « comme traitement médicamenteux de première intention », et jugent le macrogol (aussi appelé polyéthylène glycol, ou PEG) plus efficace que le lactulose (SNFCP). Dans les études, il ne fait pas moins bien que le prucalopride, un médicament pourtant plus récent (FMC-HGE).
Ce qui surprend beaucoup de patients : ce traitement peut se prendre au long cours, chaque jour, à la dose ajustée avec le médecin. Les Manuels MSD jugent les laxatifs osmotiques « raisonnablement sûrs, même utilisés régulièrement » (MSD). Les familles de laxatifs, leurs délais d’action et leurs différences sont détaillés dans notre comparatif des médicaments contre la constipation. Pendant la grossesse ou l’allaitement, ne prenez aucun laxatif au long cours sans avis médical (ameli).
Palier 3 — un stimulant, en renfort
Les laxatifs stimulants (bisacodyl, séné) déclenchent des contractions de l’intestin. Les recommandations françaises les proposent « en deuxième intention en cas d’échec des laxatifs de lest et des laxatifs osmotiques » (SNFCP), et l’Assurance Maladie précise qu’ils « doivent être prescrits médicalement sur une courte durée » (ameli). Ils servent de renfort ponctuel, décidé avec le médecin, et non de traitement de fond.
Palier 4 — un médicament qui relance le côlon
C’est souvent ce que désigne « le nouveau traitement » de la constipation chronique, bien qu’il soit disponible depuis plus de dix ans. Le prucalopride agit sur les récepteurs de la sérotonine de l’intestin et stimule les contractions du côlon. Les recommandations françaises l’indiquent « en 2ème intention après échec des règles hygiéno-diététiques et des laxatifs osmotiques de lest » (SNFCP). Il se prend sur prescription ; ses effets indésirables les plus fréquents sont la diarrhée et les maux de tête, qui disparaissent en général au cours de la première semaine (FMC-HGE).
Si c’est la sortie qui bloque : la rééducation par biofeedback
Quand le problème est un défaut de coordination à la sortie, le traitement de référence n’est pas un médicament : c’est une rééducation, menée par un kinésithérapeute ou une équipe spécialisée. Les recommandations françaises la recommandent avec leur plus haut niveau de preuve dans cette situation (SNFCP). Le principe du biofeedback : une sonde ou des capteurs montrent en direct sur un écran ce que font vos muscles quand vous poussez, et vous apprenez à les relâcher au bon moment. Dans l’attente, les traitements par voie rectale (suppositoires, petits lavements) aident à déclencher l’évacuation (VIDAL).
Les recommandations européennes rapportent, d’après une étude, qu’un an après la rééducation environ 50 % des personnes qui avaient une dyssynergie gardaient un bénéfice, contre 20 % de celles qui avaient un transit lent (ESNM). C’est la meilleure illustration de l’intérêt de savoir quelle mécanique est en cause.
Quand rien n’a marché
On parle de constipation réfractaire quand elle persiste malgré un traitement bien suivi, sur une durée suffisante — un an environ, selon un chirurgien spécialiste (FMC-HGE, chirurgie). Il reste alors des options, réservées à des centres spécialisés :
- l’irrigation trans-anale, un lavage du côlon par l’anus fait à domicile avec un dispositif dédié ; elle est sûre, mais plus d’un tiers des personnes l’arrêtent dans la première année (FMC-HGE) ;
- la chirurgie, exceptionnelle : ablation de la majeure partie du côlon dans l’inertie colique sévère, ou réparation d’une anomalie anatomique de la sortie. Elle n’est utile que chez probablement moins de 5 % des patients (FMC-HGE) ; dans une série citée par le même chirurgien, sur 1 568 personnes adressées à un centre expert pour discuter d’une ablation du côlon, 35 ont finalement été jugées éligibles (FMC-HGE, chirurgie).
La sécurité
Un laxatif tous les jours, est-ce dangereux ?
Cela dépend du laxatif.
Un osmotique comme le macrogol, pris tous les jours, est le traitement de fond habituel d’une constipation chronique, et il est considéré comme sûr en usage régulier (MSD). Ses effets indésirables les plus fréquents sont la diarrhée et les douleurs au ventre (ESNM) : signalez-les au médecin, qui pourra adapter le traitement.
Les stimulants sont une autre affaire. Les Manuels MSD signalent qu’un usage prolongé peut laisser un dépôt de pigment foncé dans la paroi du côlon (une mélanose colique) et que l’intestin peut s’y habituer : « les laxatifs stimulants ne doivent être utilisés que sur de courtes périodes » (MSD). L’Assurance Maladie met en garde contre l’abus de laxatifs : il expose à une accoutumance « qui augmente le phénomène de constipation, plutôt que de le régler », à une moins bonne absorption des aliments et à des pertes de sels minéraux comme le potassium (ameli). Les recommandations françaises nuancent : au long cours, les effets secondaires des stimulants « ont été longtemps surestimés et seraient modestes » (SNFCP). Ce qui ne change rien à la règle : un stimulant au long cours se décide avec un médecin.
Si vous prenez un laxatif tous les jours depuis longtemps sans avoir vu de médecin, ce n’est pas une raison de paniquer ni de tout arrêter d’un coup : c’est une raison d’en parler, pour vérifier que c’est le bon, et que la cause a été cherchée.
Le pronostic
Est-ce grave, à long terme ?
Le plus souvent, non. Une constipation chronique est gênante, parfois épuisante, mais elle n’est pas une maladie qui abîme l’organisme en silence. L’Assurance Maladie le dit sans détour : « La constipation chronique, bien traitée, évolue également vers la guérison » (ameli).
Ce qui peut arriver si elle est négligée relève surtout de complications locales : hémorroïdes et fissures aggravées par les efforts de poussée, plus rarement une incontinence ou une ulcération du rectum (ameli). Chez les personnes âgées ou alitées surtout, des selles durcies peuvent former un bouchon, un fécalome, qui ne se résout plus seul. L’occlusion intestinale, elle, est rare ; elle se reconnaît à des vomissements, des douleurs et l’arrêt des gaz, et relève du 15 ou du 112.
Ce n’est presque jamais un cancer, mais…
Une constipation ancienne et stable n’est pas, à elle seule, un signe de cancer. Ce qui doit faire consulter, c’est un changement : une constipation qui apparaît ou s’aggrave sans raison, surtout après 50 ans, du sang dans les selles, un amaigrissement, une fatigue inhabituelle, ou des antécédents de cancer colorectal ou de polypes dans la famille. Le dépistage organisé reste recommandé entre 50 et 74 ans. Pour faire la part des choses : mal de ventre et cancer, quand faut-il vraiment s’inquiéter.
Le parcours
Qui consulter, et comment préparer le rendez-vous
Le médecin traitant est le premier interlocuteur : il examine, cherche une cause médicamenteuse ou une maladie générale, et prescrit les deux premiers paliers. Il vous adressera à un gastro-entérologue si les traitements bien conduits ne suffisent pas, s’il existe un signe d’alarme, ou s’il soupçonne un trouble de l’évacuation. Les examens de la mécanique (manométrie, défécographie) et la rééducation se font souvent dans des services de proctologie ou d’explorations fonctionnelles digestives.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur laxatif pour une constipation chronique ?
Il n’y a pas de meilleur laxatif dans l’absolu : il y a un ordre. En traitement de fond, les recommandations françaises placent en première intention les laxatifs osmotiques, en particulier le macrogol, qui fait mieux que le lactulose dans les études. Les stimulants viennent en renfort, sur de courtes durées. Si c’est la sortie qui bloque, le traitement n’est pas d’abord un laxatif mais une rééducation.
Peut-on prendre du macrogol tous les jours ?
Oui, c’est même son usage habituel dans la constipation chronique. Il est considéré comme sûr en usage régulier. Une diarrhée ou des douleurs au ventre sont ses effets indésirables les plus fréquents : parlez-en au médecin, qui adaptera la dose et vérifiera que la cause a été cherchée.
Quel est le nouveau traitement de la constipation chronique ?
On désigne souvent ainsi le prucalopride, bien qu’il soit disponible depuis plus de dix ans : un médicament qui stimule les contractions du côlon. Il est proposé, sur prescription, quand les règles hygiéno-diététiques et les laxatifs osmotiques ou de lest n’ont pas suffi. Il ne remplace pas les paliers précédents et ne traite pas un problème de sortie, pour lequel la rééducation par biofeedback reste la référence.
Qui consulter pour une constipation chronique ?
D’abord votre médecin traitant, qui examine, cherche une cause et prescrit les premiers traitements. Il vous adressera à un gastro-entérologue si ces traitements ne suffisent pas, si un examen spécialisé est nécessaire ou s’il existe un signe d’alarme. La rééducation se fait avec un kinésithérapeute formé ou une équipe spécialisée.
Quelle maladie peut provoquer une constipation chronique ?
Le plus souvent, aucune. Quand une cause existe, il s’agit surtout d’un médicament (certains antidouleurs, antidépresseurs, diurétiques…), d’une thyroïde qui fonctionne au ralenti, d’un diabète, d’une maladie neurologique comme la maladie de Parkinson, d’un excès de calcium dans le sang, ou, plus rarement, d’une maladie du côlon. C’est pour les repérer que le médecin interroge et examine.
Une constipation chronique peut-elle être un signe de cancer ?
Une constipation ancienne et stable n’est pas, à elle seule, un signe de cancer. Ce qui doit faire consulter, c’est un changement récent du transit, surtout après 50 ans, du sang dans les selles, un amaigrissement, une fatigue inhabituelle, ou des antécédents de cancer colorectal ou de polypes dans la famille. Dans ces situations, le médecin peut proposer une coloscopie. Le dépistage organisé reste recommandé entre 50 et 74 ans.
Les probiotiques aident-ils ?
Les recommandations françaises sont nettes : leur utilisation « ne peut être recommandée dans le traitement de la constipation chronique de l’adulte ». VIDAL fait le même constat. Ils ne remplacent ni les fibres ni un laxatif osmotique.
Peut-on guérir d’une constipation chronique ?
Oui, dans beaucoup de cas. Bien traitée, elle évolue le plus souvent favorablement : on retrouve un transit confortable, parfois avec un traitement de fond au long cours. Les formes qui résistent à tout sont rares et relèvent de centres spécialisés.


