Que faire maintenant
Le prochain geste, et quand vous saurez s’il a marché
Vous êtes bloqué et vous ne savez plus par quoi commencer. Répondez à trois questions : vous saurez quel geste faire maintenant, et à quel moment vous saurez s’il a marché.
Avant de lire la suite. Si vous avez des vomissements, un arrêt des gaz et des selles, ou un ventre dur, tendu et douloureux : appelez le 15 ou le 112 sans attendre. Une occlusion intestinale est possible. En attendant, ne mangez plus, ne buvez plus, et ne prenez ni laxatif, ni suppositoire, ni lavement — ils sont contre-indiqués dans cette situation et peuvent aggraver les choses.
Même chose si une constipation apparaît brutalement avec des difficultés à uriner, une zone insensible entre les cuisses ou une faiblesse des jambes : appelez le 15.
Rien de tout cela ? La suite est pour vous.
L’horloge
Le protocole, heure par heure
La plupart des conseils qu’on lit sont justes. Ce qui manque, c’est leur ordre et leur horloge : combien de temps on laisse à un geste avant de considérer qu’il n’a pas fonctionné.
Voici cette horloge. Elle vaut pour une constipation occasionnelle chez l’adulte, sans signe d’alarme.
Trois réserves à lire avant d’appliquer ce tableau.
- Le macrogol ne se prend pas si vous avez une douleur du ventre que vous ne vous expliquez pas, des vomissements, un ventre dur et tendu, ou un arrêt des gaz : sa notice l’interdit dans ces situations, et c’est un avis médical qu’il faut, pas un laxatif.
- Le suppositoire n’est pas pour tout le monde : les notices l’excluent en cas de fissure anale, de poussée hémorroïdaire douloureuse, de saignement, ou de maladie inflammatoire de l’intestin. Il dépanne, il ne se répète pas jour après jour — un usage prolongé irrite le rectum.
- Les graines de lin, et les fibres de lest en général, ne conviennent pas si vous prenez un opiacé, si vous avez un rétrécissement connu de l’intestin, ou si vous ne pouvez pas boire suffisamment : elles ajoutent du volume sans le faire avancer.
Sur le détail de chaque produit et le temps qu’il met à agir, tout est réuni ici : les remèdes et leur délai d’action.
Source du seuil de 48 à 72 heures : le seuil de 48 à 72 heures pour arrêter d’attendre (VIDAL).
Les trente premières minutes
L’eau et la marche ne sont pas des remèdes. Il faut être honnête sur ce point : les recommandations françaises ne retiennent ni l’augmentation des apports en eau, ni l’activité physique comme un traitement de la constipation chronique — sauf en cas de déshydratation, notamment chez les personnes âgées. Ce sont des gestes d’accompagnement, utiles parce qu’ils vous mettent en mouvement et qu’ils préparent le geste suivant, pas parce qu’ils débloquent.
Si la constipation dure depuis des mois, l’enjeu n’est plus le prochain geste mais le bon palier de traitement : constipation chronique, ce qui marche vraiment.
Le café entre dans la même catégorie : chez une partie des gens, il déclenche une contraction du côlon dans les minutes qui suivent. L’effet est individuel et ne dépend pas seulement de la caféine.
Cinq minutes aux toilettes, pas quinze. Rester assis longtemps ne déclenche rien et abîme : la position, prolongée, favorise les hémorroïdes.
Au repas suivant
C’est la fenêtre du repas. Un repas — n’importe lequel, mais surtout le premier de la journée — déclenche une contraction du côlon appelée réflexe gastro-colique. Il est le plus fort au réveil et dans la demi-heure qui suit un repas. Beaucoup de gens vont aux toilettes au hasard, à l’heure où ils y pensent, et manquent systématiquement ce créneau.
Côté assiette, deux précisions comptent, parce qu’elles expliquent la plupart des « ça n’a pas marché » :
- Les doses testées sont plus élevées que ce qu’on croit. Les travaux portent sur une cinquantaine de grammes de pruneaux par jour — cinq à six — ou sur deux kiwis verts. Deux pruneaux ne sont pas un essai raté, c’est un essai qui n’a pas eu lieu.
- Ces fibres n’agissent que si vous buvez avec. Elles retiennent l’eau dans les selles : sans eau, elles ajoutent du volume sec.
Sur la durée, la cible recommandée est d’au moins 25 g de fibres par jour, atteinte progressivement sur deux semaines — jamais d’un coup.
Le lendemain matin, si rien n’est venu
Après vingt-quatre heures sans résultat, le geste alimentaire a montré ses limites. C’est le moment du laxatif osmotique, celui qui retient l’eau dans l’intestin plutôt que de forcer sa paroi à se contracter. C’est la classe recommandée en première intention par les recommandations françaises, pour son efficacité et sa bonne tolérance.
Deux règles simples : on le prend avec un grand verre d’eau, et on ne double pas la dose parce que rien ne s’est produit le premier jour — le délai attendu est de 24 à 48 heures.
Et une règle générale : on n’associe pas et on n’alterne pas des laxatifs de compositions différentes, et on n’utilise pas un laxatif de façon prolongée sans avis médical.
Source : ce que recommandent les gastro-entérologues français sur les laxatifs (Société nationale française de coloproctologie, recommandations 2017).
Au bout de 48 à 72 heures : le moment d’arrêter d’essayer seul
Un épisode de constipation inhabituel, survenu sans raison apparente et qui se prolonge au-delà de deux à trois jours, se signale au médecin. Ce n’est pas un échec de votre part : cela signale plutôt qu’un mécanisme entretient le blocage — un médicament, une pathologie, une constipation qui s’installe. Un avis ou un passage en pharmacie fait gagner beaucoup plus de temps qu’un quatrième remède.
Le mécanisme
Pourquoi l’ordre compte plus que le geste
Le créneau que presque personne n’utilise
Votre intestin ne pousse pas en continu : il pousse par vagues, et les plus fortes surviennent au réveil et dans la demi-heure qui suit un repas, quand le réflexe gastro-colique est le plus important. Le petit-déjeuner cumule les deux.
Ce créneau demande une chose difficile à organiser : ne pas être pressé. Se lever quinze minutes plus tôt fait souvent plus qu’un changement d’alimentation. L’intimité et le calme comptent aussi — c’est banal à écrire, c’est décisif en pratique.
Et quand l’envie vient, il faut y aller. Une envie qu’on repousse disparaît, et la selle reste plus longtemps au contact de la paroi du rectum, où elle continue de se dessécher : elle devient plus dure, donc plus difficile à évacuer la fois suivante.
Ce que change la position sur le siège
Assis normalement, le passage entre le rectum et l’anus n’est pas droit : un muscle en forme de sangle, le muscle puborectal, tire le rectum vers l’avant et forme un coude, l’angle ano-rectal. C’est un mécanisme de continence : il ferme le passage tant qu’on ne décide pas d’aller à la selle.
Quand vous remontez les genoux vers le ventre, ce muscle se relâche et l’angle s’ouvre. Le passage devient plus rectiligne, et l’évacuation demande moins d’effort.
le rectum et le canal analle muscle puborectal, la « sangle »
En pratique, la position conseillée est : dos droit sur la cuvette, jambes repliées vers l’abdomen, pieds surélevés sur un marchepied, coudes posés sur les genoux. Une pile de livres fait le même travail qu’un marchepied du commerce.
Une précision d’honnêteté : ce conseil repose sur le bon sens et l’expérience clinique, pas sur des essais. Les recommandations françaises le disent elles-mêmes — la littérature sur le sujet est quasi inexistante. Il ne coûte rien, il aide beaucoup de gens, mais ne vous reprochez rien s’il ne suffit pas.
Source : pourquoi le moment de la journée et la position aux toilettes comptent (Société nationale française de coloproctologie, texte long des recommandations 2017).
Pousser moins fort, et autrement
Le réflexe, quand rien ne vient, est de bloquer sa respiration et de pousser de toutes ses forces. C’est le geste le plus contre-productif de la liste. Il augmente brutalement la pression dans l’abdomen, favorise les hémorroïdes et les fissures anales, et peut provoquer un malaise, voire une perte de connaissance — un risque à prendre au sérieux si vous êtes cardiaque, hypertendu, suivi pour un glaucome ou récemment opéré.
L’idée à retenir : une poussée douce et progressive, sans bloquer sa respiration, en gonflant le ventre plutôt qu’en le rentrant. Trois ou quatre tentatives, pas davantage. C’est exactement ce qu’apprend la rééducation périnéale quand la poussée est en cause : coordonner la poussée avec le relâchement du périnée, au lieu de forcer contre lui.
Votre cas
Ce qui change selon votre situation
La constipation n’appelle pas la même conduite selon ce que vous vivez. Voici ce qui change.
Source pour la ligne opiacés : comment se gère la constipation sous morphine ou codéine (Haute Autorité de santé).
Un ventre distendu et douloureux, avec des ballonnements qui ne cèdent pas, n’est pas la même chose qu’un simple retard de selle : la section suivante en donne les limites.
À éviter
Les six erreurs qui aggravent
- Pousser fort et longtemps. Cela n’ouvre pas le passage, cela l’irrite. Hémorroïdes et fissures anales viennent de là.
- Enchaîner les lavements. Répétés, ils entretiennent le problème au lieu de le résoudre. Un microlavement peut dépanner ; il n’est pas une routine. Chez une personne âgée, alitée, ou suivie pour une insuffisance rénale ou cardiaque, on demande un avis avant, pas après.
- Prendre un laxatif stimulant tous les jours. Cette classe est faite pour un usage ponctuel et court. Au long cours, elle masque une cause qu’il faudrait chercher. Et on n’associe ni n’alterne des laxatifs de compositions différentes.
- Se retenir une fois de plus. L’envie ne revient pas à volonté, et la selle se dessèche pendant l’attente. C’est le mécanisme d’entretien le plus fréquent, et le plus facile à corriger.
- Sauter des repas. Moins de repas, moins de réflexe gastro-colique, donc moins d’occasions d’aller à la selle. Manger moins n’allège pas un ventre bloqué.
- Augmenter les fibres d’un coup, sans boire. Passer brutalement à beaucoup de fibres sans augmenter l’eau donne des ballonnements et, parfois, un blocage plus dur. La montée se fait progressivement, sur deux semaines.
Le seuil
Quand arrêter d’essayer par soi-même
Appelez le 15 ou le 112 sans attendre — c’est le contenu de l’encadré d’ouverture, répété ici parce qu’on ne lit pas toujours une page dans l’ordre :
- des vomissements, des douleurs abdominales et plus aucun gaz émis : une occlusion intestinale est possible
- un ventre dur, tendu et douloureux
- une constipation apparue brutalement avec des difficultés à uriner, une zone insensible entre les cuisses ou une faiblesse des jambes
En attendant les secours : ne mangez plus, ne buvez plus, ne prenez ni laxatif, ni suppositoire, ni lavement.
Un avis le jour même, auprès de votre médecin traitant ou d’une maison médicale de garde :
- du sang dans les selles, ou des selles noires
- de la fièvre avec de fortes douleurs dans le ventre
- une douleur abdominale intense ou qui s’aggrave
Un rendez-vous dans les jours qui viennent :
- un épisode inhabituel qui se prolonge au-delà de 48 à 72 heures, ou aucune selle malgré un traitement en vente libre bien conduit
- une constipation qui s’installe et revient, alors qu’elle n’existait pas avant
- une alternance de diarrhée et de constipation, ou des glaires dans les selles
- une incontinence des selles apparue récemment
- un amaigrissement ou une perte d’appétit que vous n’expliquez pas
- une fatigue ou une pâleur inhabituelles, sans explication
- un cancer colorectal ou une maladie inflammatoire de l’intestin chez un parent proche
- une douleur qui irradie, notamment une douleur qui irradie dans le dos
- vous avez plus de 50 ans et cette constipation est récente et d’emblée importante
- vous prenez un traitement au long cours et le transit s’est modifié depuis
Ce qui n’est pas, en soi, un signe de gravité : un ou deux jours sans selle, un ventre un peu gonflé, une selle dure isolée, des gaz plus nombreux. Sur la question du nombre de jours et du seuil réel d’inquiétude, tout est détaillé ici : à partir de quand s’inquiéter d’une constipation.
Source : à quel moment consulter, et à quel degré d’urgence (Assurance Maladie).
Tout en bas
Si vous sentez que c’est bloqué tout en bas
Il existe une situation particulière : la selle est là, juste à la sortie, dure, et rien ne passe malgré l’envie. Vous pouvez ressentir une pression permanente, une envie qui ne se calme jamais, parfois de petites fuites liquides alors que vous êtes constipé. Ce dernier signe est trompeur : ce n’est pas une diarrhée, c’est un trop-plein qui contourne le bouchon.
Dans ce cas, les laxatifs oraux ne servent pas à grand-chose : ils agissent en amont, pas là où ça coince. C’est un suppositoire ou un microlavement qui agit au bon endroit.
Mais si la personne concernée est âgée, alitée, sous opiacés, ou suivie pour une insuffisance rénale ou cardiaque, l’ordre s’inverse : on demande d’abord un avis — médecin, pharmacien ou infirmier — avant tout lavement. Et si les fuites s’accompagnent de douleur, de fièvre ou d’un ventre dur, c’est un avis le jour même.
À lire : Fécalome : quand le bouchon ne passe plus
Source : les signes d’alarme qui font sortir de l’automédication (Société nationale française de gastro-entérologie).
Questions fréquentes
Comment débloquer une constipation rapidement ?
Le plus rapide est la combinaison d’un grand verre d’eau, de cinq à dix minutes de marche, puis d’un passage aux toilettes pieds surélevés, dans la demi-heure qui suit un repas. Si le blocage est ressenti tout en bas, un suppositoire agit en général en 5 à 30 minutes — sauf en cas de fissure anale, de poussée hémorroïdaire, de saignement ou de maladie inflammatoire de l’intestin. Il n’existe pas de geste qui débloque à coup sûr en quelques minutes.
Comment faire quand les selles ne veulent pas sortir ?
Ne poussez pas plus fort : changez de position. Dos droit, genoux remontés vers le ventre, pieds surélevés sur un marchepied, coudes sur les genoux, puis poussez doucement sans bloquer votre respiration. Restez cinq minutes, pas davantage, et réessayez après le repas suivant.
Combien de temps faut-il attendre avant de conclure qu’un geste n’a pas marché ?
Les gestes du moment — eau, marche, position — se jugent dans la demi-heure. Une modification alimentaire se juge sur une journée. Un laxatif osmotique se juge sur 24 à 48 heures. Et l’ensemble se juge à 48-72 heures : au-delà, demandez un avis plutôt que d’essayer autre chose.
Quel est le laxatif naturel le plus efficace ?
Les plus documentés sont les pruneaux et les kiwis, riches en sorbitol et en fibres, ainsi que les eaux riches en magnésium, dont l’effet laxatif est reconnu. Ils agissent en un à deux jours, pas dans l’heure, et aux doses étudiées — une cinquantaine de grammes de pruneaux, deux kiwis. Les eaux fortement minéralisées sont en revanche à éviter si vous avez une maladie rénale : le magnésium et les sulfates s’y accumulent. Et « naturel » ne veut pas dire sans effet : les plantes stimulantes ne conviennent pas à un usage prolongé.
Faut-il boire plus d’eau, et est-ce que ça suffit ?
Non, cela ne suffit pas. Les recommandations françaises ne retiennent pas l’augmentation des apports en eau comme un traitement de la constipation chronique, sauf en cas de déshydratation, notamment chez la personne âgée. L’eau compte surtout en association avec les fibres, qui la retiennent dans les selles. Visez environ 1,5 litre par jour — sauf si votre médecin vous a demandé de limiter ce que vous buvez, ce qui est le cas dans certaines maladies du cœur ou des reins : sa consigne prime sur celle-ci.
Le café aide-t-il vraiment à aller à la selle ?
Chez une partie des gens, oui : le café déclenche une contraction du côlon dans les minutes qui suivent. L’effet est individuel et ne dépend pas seulement de la caféine. Si le café vous fait cet effet, le boire au petit-déjeuner et rester disponible dans la demi-heure est plus utile que d’en boire davantage.
Peut-on prendre un laxatif tous les jours ?
Cela dépend de la classe. Les laxatifs osmotiques et de lest peuvent être utilisés dans la durée, sous suivi médical. Les laxatifs stimulants, eux, sont prévus pour un usage ponctuel et court. Dans tous les cas, on n’associe pas et on n’alterne pas des laxatifs de compositions différentes, et on n’en utilise aucun de façon prolongée sans l’avis de son médecin.
Que faire si je suis constipé à cause d’un traitement ?
N’arrêtez pas le traitement de vous-même. Signalez la constipation au médecin qui l’a prescrit. Avec les opiacés — morphine, codéine, tramadol, fentanyl —, le laxatif est prévu dès l’instauration du traitement et se poursuit pendant toute sa durée, pas seulement quand ça bloque. Les fibres de lest, elles, ne conviennent pas dans ce cas : elles ajoutent du volume que l’intestin ne fait pas avancer.
À lire ensuite
Le délai
À partir de quand s’inquiéter d’une constipation
Combien de jours est normal, et le seuil réel d’inquiétude.
Agir
Les remèdes et leur délai d’action
Le détail de chaque produit et le temps qu’il met à agir.
En pharmacie
Quel médicament contre la constipation
Les familles de médicaments, leur délai et leur durée d’usage.
Au naturel
Laxatif naturel : ce qui marche vraiment
Ce qui agit, en combien de temps, et ce qui ne se prolonge pas.
L’assiette
Que manger quand on est constipé
Ce qu’on met vraiment dans l’assiette, avec les portions.


