On parle de « transit » pour désigner le voyage des aliments, de l’estomac jusqu’au rectum. Quand il ralentit, on est constipé ; quand il s’emballe, les selles deviennent molles ou liquides ; quand il fait les deux, on dit qu’il est « perturbé ». Voici comment savoir où vous en êtes, ce qui le dérègle, y compris après une coloscopie, et comment le remettre d’aplomb.
L’essentiel
En bref
- Il n’existe pas de rythme unique : selon le Manuel MSD, la fréquence normale va d’une à trois selles par jour jusqu’à deux ou trois par semaine.
- Le temps de transit global, mesuré avec des marqueurs radio-opaques, est estimé à 67 heures en moyenne, un peu moins de trois jours, avec de grandes différences d’une personne à l’autre.
- Le meilleur repère, c’est la forme des selles : moulées et souples, le transit est dans la norme ; dures et en billes, il est lent ; molles ou liquides, il est rapide.
- Les causes les plus fréquentes sont l’alimentation pauvre en fibres, le manque d’eau, la sédentarité, le stress, un voyage, une infection ou un médicament.
- Après une coloscopie, ballonnements et selles qui tardent à revenir sont fréquents : la préparation a vidé le côlon et un peu d’air insufflé reste dans l’intestin.
- Appelez le 15 si vous vomissez, avez mal au ventre et n’émettez plus de gaz ; consultez dans la journée en cas de fièvre ou de fortes douleurs, et dans les jours qui viennent si vous voyez du sang dans vos selles.
Comprendre
Qu’est-ce qu’un transit intestinal normal ?
Un transit normal, c’est surtout un transit qui reste stable pour vous et qui ne fait pas souffrir.
Le transit intestinal, c’est le travail des muscles du tube digestif : par des contractions successives, ils font avancer le repas de l’estomac vers l’intestin grêle, où les nutriments sont absorbés, puis vers le côlon, qui récupère l’eau et forme les selles. C’est dans le côlon que le contenu séjourne le plus longtemps.
Combien de temps dure le transit intestinal ?
Mesuré avec de petits marqueurs visibles à la radio, le temps de transit global est estimé à 67 heures en moyenne, d’après La Revue du Praticien. C’est une moyenne : chez une personne en bonne santé, il peut être nettement plus court ou plus long, sans que cela soit anormal. Il varie aussi d’un jour à l’autre selon ce que l’on mange, ce que l’on boit et l’activité physique.
Combien de selles par jour ou par semaine ?
Le Manuel MSD indique que le nombre normal de selles peut aller d’une à trois par jour jusqu’à deux ou trois par semaine. Aller à la selle tous les jours n’est donc pas une obligation. Les médecins parlent de constipation quand les selles deviennent rares (moins de trois par semaine), dures, ou difficiles à évacuer.
Le meilleur repère : la forme des selles
Pour savoir si votre transit est lent ou rapide, la forme des selles en dit plus que leur nombre. Dans une étude menée sur 66 volontaires, c’est elle qui suivait le mieux le temps de transit mesuré, mieux que la fréquence ou le poids des selles (Lewis et Heaton, 1997). L’échelle de Bristol, qui classe les selles en sept formes, sert précisément à cela.
Des selles de type 3 ou 4, moulées et faciles à évacuer, signalent un transit dans la norme. Les types 1 et 2 vont avec un transit lent, les types 6 et 7 avec un transit rapide. Une selle isolée ne veut rien dire : c’est la tendance sur plusieurs jours qui compte.
Transit lent
Transit intestinal lent : les signes et les causes
Quand le transit ralentit, les selles restent plus longtemps dans le côlon, qui leur retire davantage d’eau.
Résultat : des selles plus rares, plus dures, parfois en petites billes, des efforts de poussée, une sensation d’évacuation incomplète, souvent des ballonnements. C’est la constipation ; quand ils sont installés depuis longtemps (les critères médicaux cités par La Revue du Praticien parlent de symptômes ayant débuté il y a plus de six mois), on parle de constipation chronique.
Qu’est-ce qui ralentit le transit ?
- L’alimentation : peu de fibres, peu de fruits et de légumes, des repas trop gras ou trop sucrés. Le tri des aliments qui constipent vraiment réserve quelques surprises.
- Le manque d’eau : des fibres sans eau durcissent les selles au lieu de les ramollir.
- La sédentarité : rester assis toute la journée, être alité, ne plus marcher.
- Le changement d’habitudes : voyage, décalage horaire, toilettes inconnues, besoin que l’on retient.
- Certains médicaments : le Manuel MSD cite notamment les opioïdes, le fer, les anticholinergiques et les antiacides à base d’aluminium. Ne les arrêtez pas de vous-même : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
- La grossesse, et certaines maladies chroniques (diabète, Parkinson, maladie rénale), que l’Assurance Maladie cite parmi les situations qui justifient un avis médical.
Transit rapide
Transit intestinal trop rapide : selles molles ou liquides
À l’inverse, quand le contenu traverse trop vite le côlon, l’eau n’a pas le temps d’être réabsorbée.
Les selles deviennent molles, plus fréquentes, parfois urgentes. Au-delà de trois selles liquides par jour, on parle de diarrhée. Dans la grande majorité des cas, une diarrhée aiguë prend fin d’elle-même en deux ou trois jours, rappelle Santé.fr.
Qu’est-ce qui accélère le transit ?
- Une infection (gastro-entérite, intoxication alimentaire), la cause la plus fréquente d’une diarrhée brutale.
- Le stress et l’anxiété : l’intestin réagit aux émotions, et certaines personnes ont des selles plus molles avant un examen ou un rendez-vous important. Nous détaillons ce lien dans mal de ventre et stress.
- Certains aliments : excès de sucres qui fermentent (les FODMAP), de café, d’alcool, de produits « sans sucre » riches en polyols, chez les personnes sensibles.
- Un nouveau médicament : une diarrhée qui apparaît avec un nouveau traitement doit être signalée au médecin.
- Un excès de laxatifs, parfois pris sans s’en rendre compte (tisanes « transit », compléments).
Comment ralentir un transit trop rapide ?
Le plus important est de boire pour compenser les pertes : eau, bouillon salé, boissons légèrement sucrées. Mangez léger le temps que ça passe, et ne prolongez pas les médicaments qui ralentissent le transit au-delà de ce qui est conseillé. Le détail, situation par situation, se trouve dans mal de ventre et diarrhée.
Transit perturbé
Transit perturbé : quand constipation et diarrhée alternent
Un transit qui passe d’un extrême à l’autre a souvent une explication simple, parfois une cause à faire examiner.
Une alternance ponctuelle suit fréquemment une période de constipation : les selles dures accumulées finissent par passer, puis l’intestin repart plus vite. Quand elle se répète depuis des mois, avec des douleurs ou des ballonnements qui soulagent après être allé à la selle, il peut s’agir d’un syndrome de l’intestin irritable, dont les troubles du transit prennent la forme d’une constipation, d’une diarrhée ou des deux. L’alimentation pauvre en FODMAP fait partie des pistes qui le soulagent.
Attention à un piège : chez une personne âgée ou alitée, des selles liquides qui s’écoulent alors qu’elle ne va plus vraiment à la selle peuvent signaler un fécalome : un bouchon de selles dures que le liquide contourne, ce que le Manuel MSD décrit comme une fausse diarrhée. Ne donnez pas de médicament contre la diarrhée, qui aggraverait la situation, et appelez le médecin dans la journée.
Enfin, l’Assurance Maladie compte des épisodes de diarrhée qui alternent avec la constipation parmi les situations où il faut consulter son médecin dans les jours qui viennent.
Après un examen
Transit perturbé après une coloscopie : ce qui est normal
Une coloscopie bouscule forcément le transit pendant quelques jours, et c’est rarement inquiétant.
Pour que le médecin voie bien la paroi, la préparation vide entièrement le côlon à l’aide d’un laxatif puissant. Il faut ensuite le temps que de nouvelles selles se reforment : il est donc habituel de ne pas aller à la selle le lendemain, ou d’avoir des selles encore molles les premiers jours.
Pourquoi a-t-on le ventre gonflé après une coloscopie ?
Pendant l’examen, le médecin insuffle de l’air pour déplisser l’intestin. Il en aspire le maximum à la fin, mais il en reste toujours un peu, et c’est lui qui donne la sensation de ballonnement, explique le VIDAL ; l’usage de gaz carbonique plutôt que d’air réduit cette gêne. Marcher et adopter une position qui aide à évacuer les gaz accélèrent les choses.
La fiche d’information de l’Institut national du cancer, reprise par Santé.fr, cite comme possibles dans les jours qui suivent : ballonnements, douleurs abdominales modérées, gêne anale ou irritation du rectum, parfois nausées ou vomissements, et une petite quantité de sang dans les selles si un prélèvement a été fait. On peut boire puis manger après la surveillance de deux heures au moins.
Les signes qui ne sont pas normaux après une coloscopie
Contactez rapidement le gastro-entérologue ou votre médecin si de la fièvre ou des douleurs importantes apparaissent (Institut national du cancer). Appelez le 15 (ou le 112) si les douleurs sont violentes, si le ventre devient gonflé et dur, si vous vomissez de façon répétée, n’émettez plus de gaz ou faites un malaise : une perforation du côlon peut survenir dans les jours qui suivent l’examen (VIDAL). Un saignement peut aussi apparaître après l’ablation d’un polype, jusqu’à une à trois semaines plus tard : s’il est abondant ou répété, appelez le 15.
Et après une opération du côlon ?
Après une chirurgie abdominale, l’intestin s’arrête souvent temporairement : c’est l’iléus, qui survient en général 24 à 72 heures après l’opération selon le Manuel MSD, avec ballonnements, nausées et absence de selles. L’équipe chirurgicale surveille la reprise des gaz et des selles avant la sortie. De retour à la maison, suivez ses consignes sur l’alimentation et les laxatifs ; tout ventre qui gonfle, des vomissements ou l’arrêt des gaz justifient d’appeler le service.
En pratique
Comment retrouver un bon transit intestinal
Les gestes qui régulent le transit sont les mêmes dans un sens comme dans l’autre : régularité, eau, fibres, mouvement.
- Des fibres, progressivement : l’Assurance Maladie conseille de les augmenter sur deux semaines, vers 25 g par jour, avec au moins cinq portions de fruits et légumes, du pain complet et des légumineuses. Les aliments les plus riches en fibres aident à y arriver sans compter.
- De l’eau : au moins 1,5 litre par jour, sauf contre-indication médicale.
- Du mouvement : une activité physique au moins cinq jours sur sept, et moins de temps assis. Le massage du ventre peut compléter, sans la remplacer.
- Des horaires réguliers : des repas à heures fixes, et un passage aux toilettes à heure fixe, une demi-heure à une heure après un repas.
- Ne pas se retenir : allez-y dès que l’envie se présente, prenez votre temps sans forcer, et surélevez vos pieds sur un petit marchepied.
| Situation | Premiers gestes | Pour aller plus loin |
|---|---|---|
| Selles dures, rares | Fibres augmentées sur deux semaines, au moins 1,5 litre d’eau, marche quotidienne | Constipation : que faire |
| Selles molles ou liquides | Boire pour compenser, manger léger, surveiller les signes d’alerte | Mal de ventre et diarrhée |
| Alternance, ballonnements | Repérer les aliments en cause, régularité des repas, avis médical si cela dure | Le régime FODMAP |
| Après une coloscopie | Marcher, boire, suivre les consignes remises à la sortie : le transit revient de lui-même | Signes d’alerte ci-dessus |
Synthèse de la rédaction à partir des recommandations de l’Assurance Maladie et de Santé.fr citées sur cette page.
Faut-il prendre un médicament « régulateur du transit » ?
Il n’existe pas de médicament qui « règle » le transit dans les deux sens. Contre la constipation, on utilise des laxatifs, par exemple des fibres de lest ou des laxatifs osmotiques ; contre la diarrhée, des traitements qui ralentissent l’intestin, pour une courte durée. Le choix dépend de votre situation : demandez conseil à votre pharmacien, et voyez notre guide des médicaments contre la constipation.
Combien de temps
Combien de temps pour retrouver un transit normal ?
Tout dépend de ce qui l’a dérangé.
- Diarrhée aiguë : elle cède le plus souvent en deux ou trois jours. Si rien ne s’améliore après 48 heures malgré les mesures prises, consultez.
- Constipation passagère (voyage, alitement, changement d’alimentation) : le plus souvent quelques jours après le retour aux habitudes. Les fibres, elles, s’augmentent progressivement, sur deux semaines.
- Après une coloscopie : les selles reviennent en général en quelques jours, le temps que le côlon se remplisse.
- Trouble qui dure : au-delà de quelques semaines malgré ces gestes, ou s’il s’installe dans la durée, ce n’est plus un simple dérèglement passager : il faut en parler au médecin.
Questions fréquentes sur le transit intestinal
Combien de temps dure le transit intestinal ?
Mesuré avec des marqueurs radio-opaques, le temps de transit global est en moyenne de 67 heures, soit un peu moins de trois jours, avec de grandes différences d’une personne à l’autre et d’un jour à l’autre.
Est-ce grave de ne pas aller à la selle tous les jours ?
Non. La fréquence normale va d’une à trois selles par jour jusqu’à deux ou trois par semaine. On parle de constipation quand les selles deviennent rares (moins de trois par semaine), dures ou difficiles à évacuer.
Comment savoir si mon transit est lent ou rapide ?
Regardez la forme habituelle de vos selles sur plusieurs jours : dures et en billes, le transit est lent ; moulées et souples, il est dans la norme ; molles ou liquides, il est rapide. C’est un meilleur repère que leur nombre.
Comment relancer un transit paresseux ?
Augmentez les fibres progressivement sur deux semaines, buvez au moins 1,5 litre d’eau par jour, marchez tous les jours, mangez à heures régulières et allez aux toilettes dès que l’envie se présente, sans forcer.
Comment ralentir un transit trop rapide ?
Buvez pour compenser les pertes en eau et en sel, mangez léger quelques jours et repérez ce qui accélère votre transit (infection, stress, café, alcool, sucres qui fermentent). Consultez si cela dure plus de 48 heures ou s’accompagne de fièvre ou de sang.
Est-ce normal d’avoir le transit perturbé après une coloscopie ?
Oui, pendant quelques jours. La préparation a vidé le côlon, il faut le temps que de nouvelles selles se forment, et l’air insufflé pendant l’examen donne des ballonnements. Fièvre, fortes douleurs ou saignement abondant doivent faire appeler rapidement.
Qu’est-ce qu’un transit perturbé ?
C’est un transit qui change de rythme : constipation, diarrhée ou alternance des deux. Passager, il suit souvent un voyage, une infection ou un stress ; s’il dure ou alterne depuis des mois, il faut en parler au médecin.
